
KIM PEEK
(1951-2009)Kim Peek né en 1951 à Salt-Lake City (Utah) et décédé à Murray (Utah) en 2009, est l'incarnation même du "génie autiste" si bien que le cinéma s'est emparé de son incroyable histoire et en a fait le héros du film Rain Man de Barry Levinson.
Né avec une malformation du cerveau, lourde pathologie qui le vouait à une vie brève et pleine de souffrances, le jeune Kim se révéla comme un être surdoué aux capacités exceptionnelles.
Le pronostic des médecins était pourtant péremptoire : «Kim ne pourra jamais marcher, ni parler, ni lire, il doit être pris en charge par une institution spécialisée.» Mais ses parents préfèrent l'élever eux-mêmes ce qui donna des résultats surprenants.
Dès son plus jeune âge, l'enfant fit preuve d'une mémoire étonnante, parvenant à mémoriser des livres entiers suite à une simple lecture. Selon le journal Le Monde, l'enfant apprit à lire dès l'âge de 2 ans et retenait tout ce qui passait devant ses yeux - les livres, les encyclopédies, les annuaires - et ce qu'il entendait - paroles, idiomes, mélodies, musique, si bien que, dans les années 2000, il pourra jouer des pièces symphoniques sans jamais avoir appris à déchiffrer une partition.
Le jeune prodige a aussi dans la tête un calendrier universel : à toute personne lui donnant sa date de naissance, il peut préciser quel jour de la semaine elle a eu lieu. Plus tard, cette incroyable capacité lui vaudra le surnom de "Google vivant", et fera l'objet d'études et de statistiques. Autre singularité, Kim Peek est capable de lire deux pages en dix secondes, l'une avec l'Sil droit, l'autre avec l'Sil gauche, ce qui lui permet d'assimiler en moyenne huit livres par jour.
Par contre, Kim ne parvient ni à boutonner lui-même sa chemise ni à lacer ses chaussures. Il a de la peine à se brosser les dents et doit être assisté dans la plupart des activités pratiques de la vie courante.
Son cas exceptionnel attisa l'intérêt du monde scientifique et le cerveau de Kim Peek devint un objet de curiosité pour les chercheurs. «L'imagerie médicale a permis de constater une macrocéphalie (un cerveau plus gros que la normale) avec une absence de corps calleux (les fibres nerveuses qui relient ensemble les deux hémisphères) et un cervelet endommagé.» Dans une interview à la télévision canadienne, en ao˛t 2009, le psychiatre Daniel Christensen, qui étudia le cas Kim Peek pour l'université d'Utah, estimait que "nous avons tous cette capacité exceptionnelle, mais il s'agit de savoir où elle se situe et comment la trouver". (MS)
DANIEL TAMMET
(Né en 1979)
Cet autiste souffrant du syndrome d'Asperger né à Londres en 1979, est souvent présenté comme un génie. Il serait selon des spécialistes, le chaînon manquant entre l'univers impénétrable des autistes et celui de la normalité, car Daniel Tammet est capable de nous décrire ce qui se passe dans sa tête. Il le raconte d'ailleurs dans un livre : "Je suis né un jour bleu" (Les Arènes 2007).
Aîné de neuf enfants, Daniel grandit à Londres dans une famille pauvre. Jusqu'à 2 ans, il est un enfant difficile et très bruyant. Ensuite, il devient silencieux. Mais, à 4 ans, une crise d'épilepsie l'expédie à l'hôpital.
«Beaucoup de neurologues pensent que mes dons sont la conséquence de l'épilepsie, raconte-t-il dans un fran¨ais presque parfait, alors qu'il n'a passé que dix jours dans l'Hexagone. C'est peut-être à ce moment que mon cerveau a subi des dommages qu'il a réparés en créant des sortes de dérivations. D'aussi loin que je me souvienne, je vois les chiffres en formes et en couleurs. Ils ont toujours été mon refuge, comme les mots, d'ailleurs. Un univers très doux, où je peux me promener en sécurité. Je pouvais passer des heures à chercher les nombres premiers, par exemple.»
Sophie Coignard raconte en juin 2007 dans Le Point l'un des exploits de ce jeune prodige.
«Ce 14 mars 2004, Daniel Tammet est anxieux. Dans une salle du musée de l'Histoire des sciences d'Oxford, il se prépare à une longue récitation. Une déclamation d'un genre original. Ce jeune homme de 25 ans au physique de matheux se propose d'égrener, de mémoire, le plus de décimales possible du nombre pi devant un public de scientifiques, d'amateurs et de curieux.
Il n'a pas choisi ce jour par hasard : le 14 mars, qui est aussi le jour de la naissance d'Albert Einstein, s'énonce, en anglais, 3.14, comme le début de ce nombre infini qui fascinait déjà les Égyptiens. Sa performance, s'il va jusqu'au bout, doit profiter à la Société nationale d'épilepsie, une maladie qui a failli terrasser Daniel vingt ans plus tôt.
Le défi semble impossible à relever : il lui faut énumérer, de mémoire, plus de 22 500 chiffres. Plusieurs mathématiciens de l'université d'Oxford se sont portés candidats pour vérifier l'exactitude de la récitation.»
En cinq heures et neuf minutes, le record est battu. «J'avais récité 22 514 décimales sans faire d'erreur, se souvient-il. Tout le monde me demandait : pourquoi apprendre autant de décimales d'un nombre comme pi ? Pour moi, pi est quelque chose de très beau et d'unique, comme Monna Lisa ou une symphonie de Mozart.»
Sophie Coignard : Le Point
CHRISTINE
par Marcelle Olivério
Marcelle Olivério «J'ai connu Christine lorsqu'elle venait d'avoir seize ans. Enfermée dans un autisme qui ajoutait son drame à celui d'un corps difforme, à un strabisme prononcé, à une démarche difficile car ses jambes étant torses elle marchait difficilement. Isolée dans son monde elle n'avait que très peu de contacts avec les autres. Très coléreuse et entêtée, son comportement rendait toute communication difficile.
Elle ne s'exprimait que par cris ou onomatopées, ne connaissant que deux mots : "attends" et "ya" qu'elle prononçait d'une voix gutturale accompagnant ce "ya" d'un geste d'acquiescement de la tête. Elle ne se laissait approcher par personne et fuyait toute tentative de contact.
[...]
Lors de notre première entrevue, à mon domicile, - je ne connaissais d'elle que les quelques détails que sa mère avait bien voulu me donner - Christine me regarda intensément puis, poussant de grands cris, se jeta à terre avec violence. La première émotion passée, je compris que cette réaction traduisait en fait une grande joie et l'agrément de mon contact. Effectivement, Christine ne tarda pas à prendre ma main sur laquelle elle appuya sa joue en "chantonnant" (est-ce le terme adéquat ?) trois notes : "La, la, la !..."
Sa maman expliqua que cette ritournelle revenait sans cesse comme un leitmotiv et que ces notes reflétaient peut-être les premières mesures d'une chanson auvergnate qu'elle lui jouait souvent au piano.
Voyant que je possédais un orgue, Mme Mère voulut jouer quelques mesures en présence de Christine. Mais la fillette s'énerva, arracha les mains de sa mère du clavier, et fait surprenant pour une enfant aussi maladroite dans ses gestes, se mit à jouer avec une harmonieuse mélodie avec élégance et... virtuosité. Elle laissait courir ses doigts en me regardant avec insistance en fredonnant son sempiternel "La, la, la".
Comme je semblais pas comprendre où elle voulait en venir, Christine commençait s'énerva, se mit à frapper les touches avec violence. Je la calmai en imposant mes mains sur sa tête et en lui parlant gentiment. Ce faisant, j'entendis la voix de mon Guide expliquant que ces notes fredonnées par Christine étaient les premières mesures d'une mélodie de "la Veuve Joyeuse" de Franz Lehar. Il me suggéra d'interpréter cette valse, "Heure exquise" qui était, je dois l'avouer, le seul thème que je connaissais de cette opérette. Poussée par mon Guide, je jouais cette mélodie à l'orgue tout en la fredonnant. L'effet fut immédiat et stupéfiant : Calmée, tête inclinée sur l'épaule, Christine souriait doucement, ravie. Les mains croisées sur le cSur, elle m'écoutait jouer avec beaucoup d'attention. Des larmes d'émotion perlèrent à ses paupières, roulant sur un visage qui s'illumina d'une joie extraordinaire, la rendant presque belle. Saisie, je cessai de jouer. Christine se remit à fredonner : "La, la, la !..." m'invitant à reprendre la mélodie.
Trouvant que j'étais trop lente, elle prit mes mains d'un geste ferme, les posa sur le clavier en chantonnant son "la, la, la" d'un ton autoritaire. Je m'exécutai, et nous eûmes la surprise de voir Christine relever la tête, le regard perdu dans le vague, et pianoter de ses deux mains sur son front en poussant des soupirs entremêlés de gémissements.
Au cours de cette première rencontre, j'eus un "flash" qui me transporta au siècle dernier. C'était par un jour d'hiver, glacial et brumeux, dans une ville enneigée que je regardais à travers les vitres d'une fenêtre à petits carreaux. Dans la pièce où je me trouvais, un homme recouvrait de notes des feuilles de papier à musique qu'il lui arrivait de froisser et de jeter à terre; dans le même temps, je percevais des bribes de phrases musicales, de mélodies.
Les "flashes" se succédaient ; je vis l'inconnu monter dans un fiacre qui s'éloigna ; je le vis entrer dans des boutiques ornées d'instruments de musique, présenter une partition que ses interlocuteurs semblaient refuser systématiquement.
Devant l'échec de ses tentatives infructueuses je sentais le découragement gagner cet homme.
J'aperçus alors la façade d'un joli bâtiment ressemblant à un théâtre ou à un opéra dont l'inconnu franchit la porte. Et à nouveau j'assistais à ces mêmes scènes de refus d'une partition de musique qui semblait lui tenir à cSur.
Je surpris des bribes de conversations dans une langue étrangère inconnue de moi - peut-être de l'allemand. Puis je vis le même homme acclamé, triomphant, avec, en surimpression, le mot Paris, en lettres d'or.
L'inconnu voyait sa "Veuve Joyeuse" enfin reconnue.
En alternance, ma voyance me ramenait dans la maison du musicien. Dans la pièce où il travaillait, une jeune femme très belle brodait penchée sur son tambourin. Attentive aux seuls points de sa broderie, elle me parut indifférente au musicien en train de composer devant son piano, indifférente aussi à son bébé qui reposait, court vêtu et tremblant de froid, dans son berceau près de la fenêtre ouverte. Je remarquai l'absence de couverture malgré le froid glacial. En un fondu enchaîné rapide, je vis une servante supplier cette femme hautaine de l'autoriser à fermer la fenêtre, ce qui lui fut refusé. Puis je revois la même servante présenter en pleurant le corps de l'enfant mort à la belle indifférente, qui ne lui jeta qu'un regard rapide et froid avant de se remettre à broder.
Que signifiaient mes "voyances". Je souhaitais en avoir le coeur net.
La mère de Christine me confia souvent sa fille lorsqu'elle partait en voyage. Christine qui s'attachait à moi me témoignait une immense affection; affection réciproque car ma relation avec elle était devenue importante et je dois avouer qu'au sentiment de pitié des premiers instants avait succédé une tendresse infinie pour cette enfant particulièrement attachante, mal comprise et mal aimée.
Ces séjours répétés me permirent d'aider la fillette dont le comportement de sauvageonne surprenait ceux qui l'approchaient.
En effet, elle ne savait pas se moucher, mangeait salement, bavait, s'essuyait le nez ou les lèvres sur son avant-bras, refusant de se servir d'un mouchoir ou d'une serviette. Pourtant, à d'autres moments, elle retrouvait spontanément l'usage correct du couteau et de la fourchette, savait s'essuyer délicatement la bouche en tamponnant ses lèvres à l'aide de la serviette qu'elle avait réclamée à grands cris Elle qui passant outre aux observations, passait son temps, jupes relevées, inconsciente de l'incorrection de ces attitudes, retrouvait sans qu'on le lui demande le geste de pudeur naturel de tirer sur sa robe pour cacher cuisses découvertes jusqu'à la culotte. Dans ces moments où, selon le mot de sa mère, elle se comportait en "femme du monde", elle souriait et s'exprimait posément dans ce langage bizarre et peu compréhensible qui était le sien. Certaines personnes retrouvaient dans certaines bribes de phrases à consonance germanique, des mots allemands déformés.
[...]
Où chercher une explication à cette troublante dualité ? Certainement pas dans l'éducation reçue, car chez elle, Christine n'était jamais ni reprise, ni corrigée, ni morigénée. Dépassée par les événements, sa mère reconnaissait ne jamais avoir essayé de lui inculquer quoi que ce fût, comme elle avouait avoir relégué Christine à l'autre bout de leur grand appartement.
Pour moi, la seule explication possible : la réincarnation.
La mémoire profonde de l'enfant avait été imprégnée de ces souvenirs au cours Forte de cette intuition, je tendis mes efforts à ouvrir les portes refermées sur ce passé lointain pour faire progresser Christine et lui permettre de vivre plus humainement.
A la grande joie de sa maman, l'enfant évoluait dans le bon sens, reconnaissant des objets, des images, mémorisant et utilisant des mots nouveaux. Au fil du temps, Christine sortit de son mutisme. Attentive, souriante, capable d'initiatives, parvenant à maîtriser ses colères, à dominer la violence sauvage et imprévisible de son tempérament. Elle devint coquette, passant plus de temps à sa toilette, allant jusqu'à choisir son parfum.
Dotée de beaux cheveux bruns, frisés, elle se montrait heureuse lorsque je la coiffais. Ravie de porter les vêtements nouveaux que je lui offrais, elle prit l'habitude d'aller contempler sa silhouette dans les vitres, sans oser se mirer dans une glace.
Christine avait une informe poupée de chiffon au torse troué, amputée d'un bras et complètement chauve, à laquelle elle tenait beaucoup et dont elle ne s'était jamais séparée depuis sa plus tendre enfance. Cette poupée était si pitoyable que, croyant bien faire, je lui en offris une autre. Lorsque je la lui donnai, elle la prit, la regarda, sourit, puis la posa dans mes bras et sans un mot alla chercher son propre "bébé". Elle ne devait d'ailleurs plus jamais toucher à cette nouvelle poupée, mais par contre s'intéressa davantage à la sienne. Elle la couchait avec une tendresse infinie, la couvrait jusqu'au menton. Les jours de repassage étaient un vrai bonheur pour elle. Elle choisissait parmi les lingeries et les vêtements repassés les tissus les plus tièdes, les plus doux, les plus soyeux qu'elle disposait avec précaution sur sa poupée quelle que fût la température extérieure.
Lorsque j'ouvrais la fenêtre de sa chambre elle réagissait encore avec vigueur et la refermait violemment, allant aussitôt s'assurer que son "enfant" n'avait pas eu à souffrir du froid. La poupée jusqu'alors délaissée, devint l'objet de ses attentions de chaque instant.
Un jour, je dus partir en déplacement pour un long voyage. J'avais préparé une couche pour Christine sur la banquette arrière de la voiture, espérant qu'elle dormirait pendant les longues heures du trajet nocturne. Mais il n'en fut rien : la fillette resta éveillée toute la nuit, veillant sur sa poupée qu'elle avait installée, tête sur le coussin, drap et plaid soigneusement bordés, réagissant avec fureur lorsque j'ouvrais la vitre pour aérer la voiture. Interogée sur cet étrange comportement, sa mère questionnée ne trouva pas d'explications. Christine - dont elle constatait les progrès constants - n'avait encore jamais agi ainsi.
Que signifiait tout cela ?...
Je retrouvais dans l'attitude de Christine une similitude avec mon "flash" : un bébé mort par le froid au début du vingtième siècle et maintenant une petite "maman" attentive à protéger du froid, du moindre courant d'air sa poupée de chiffon, avec des gestes d'une tendresse et d'une douceur infinies !
Les personnages du passé et du présent semblaient liés étroitement.
Je m'informai sur la vie de Franz Lehar. Le compositeur semblait avoir rencontré beaucoup de difficultés pour faire jouer ses premières opérettes. Je décidais de faire entendre l'opérette à Christine nous avons eu de la peine à en trouver un enregistrement. Pour commencer, j'ai dû me contenter d'une cassette d'extraits d'opérettes où figurait cette "Heure Exquise". Lors de la première expérience, Christine attentive et ravie, écouta la musique, mais fait troublant, réagit avec les mêmes gestes que je lui avais vu faire lors de notre première rencontre quelques fractions de secondes avant les premières mesures de la célèbre valse. Cette première expérience plutôt probante - car comment avait-elle pu reconnaître ces notes tant aimées - m'incita à aller plus loin dans la démarche puisque j'avais trouvé une version intégrale de l'opérette.
A genoux, assise sur ses talons, Christine, écoutait le chant, se balançant d'avant en arrière, tête levée, regard rempli de douceur, transfiguré...
Elle écoutait et tout d'un coup, applaudissait ou éclatait de rire.
A l'évidence Christine semblait connaître la partition par coeur. Elle applaudissait à l'instant exact où finissait la période. Elle riait au bon moment, sans décalage.
Comme Christine nous entendions cette opérette dans son entier pour la première fois. Bien que sensibles à la musique, ne connaissant pas le livret et ne parlant pas l'allemand, il nous était impossible de suivre les péripéties de l'opérette. Nous attendions avec impatience le moment imprévisible pour nous où retentiraient les premières notes de la célèbre valse.
Comment Christine allait-elle réagir ? Soudain, nous la vîmes se pencher, laisser courir ses doigts sur le sol comme sur un clavier, puis rejeter la tête en arrière en pianotant sur son front, avec la virtuosité et le même cri déchirant qu'elle avait eu en entendant la valse à notre première rencontre.
Au même instant, les premières mesures d'Heures Exquises se firent entendre.
Coïncidence ?... Hasard ?... Cela ne pouvait être.
N'était-ce pas plus sûrement l'écho d'un passé lointain qui faisait résurgence par bribes lorsque la mélodie immortelle, allait déchirer le voile ?
J'ai suivi Christine durant plusieurs années . Elle était devenue plus sereine, parvenant à se forger une nouvelle personnalité. Enfermée dans l'isolement inéluctable d'un lourd karma, elle était parvenue à s'en dégager afin de se préparer à une vie nouvelle.
Les années ont passé... Je n'ai pas revu Christine qui - je l'ai pourtant appris - a continué à rêver avec émotion, aux accords de sa valse. Puisse-t-elle, en retrouvant son passé lointain, avoir compris et terminer triomphante et sereine, son transit terrestre...
Marcelle Olivério - Maubourguet
Témoignage
MUTIQUE ET POURTANT ELLE PARLE
Autiste depuis l'âge de seize mois ma fille Véronique a maintenant onze ans. Elle n'a jamais vraiment parlé. Ne joue guère qu'avec des cailloux, un bout de ficelle, les couverts, articulant des sons indistincts comme "euh", "hè", comme un petit animal. C'est pourtant une jolie fillette blonde apparemment saine et en pleine forme physique. A la voir jamais on ne dirait qu'elle est atteinte de cette terrible affection. J'ai tout fait pour qu'elle guérisse, je l'ai fait examiner par les plus grands spécialistes. Nous avons même soumis son cas au célèbre Professeur Bettelheim en Californie qui non seulement ne l'a pas guérie mais me culpabilisa. La théorie de ce crétin est que la mère est toujours fautive, que c'est elle la cause unique de l'état de l'enfant autiste.
Cette visite nous coûta une fortune sans obtenir le moindre résultat sinon un moral à zéro. De retour en France j'ai fini par confier Véronique à une institution spécialisée où elle est très bien soignée mais où elle ne fait aucun progrès. Nous n'avons plus aucun espoir de la voir guérie un jour.
Notre fille vient passer tous les week-ends avec nous au cours desquels mon mari et moi la dorlotons le mieux que nous pouvons mais nous sommes certainement très maladroits. Jamais le contact ne passe. Véronique reste irrémédiablement mutique, repliée sur elle-même, dans son univers, sans jamais communiquer avec l'extérieur.
Il m'arrive de plus en plus souvent de coucher dans sa chambre, de passer la nuit auprès d'elle, incapable de m'endormir, tellement son cas désespéré me bouleverse.
Or, il y a quelques mois j'entends pour la première fois ma fille parler dans son sommeil. Très distinctement. Mais ce qu'elle dit me reste incompréhensible. Son débit est trop rapide. C'est apparemment de l'anglais ou une autre langue étrangère. Le phénomène se répétant à chacune de ses visites j'alerte les médecins du centre qui en prennent note sans plus.
Intriguée et soulevée par une espérance folle je branche un magnétophone dès qu'elle s'endort et réussis à enregistrer les paroles que Véronique prononce dans son sommeil.
Mon mari et moi écoutons cent fois ce premier message enregistré de notre fille, le faisons écouter à nos amis intimes, à notre médecin de famille, aux spécialistes de l'Institution. Elle parle anglais, sans aucune faute, déclame des vers grecs et latins, s'exprime en allemand mais ne prononce jamais une phrase en français.
Certaines paroles demeurent incompréhensibles pour nous jusqu'à ce qu'un professeur nous dise que Véronique parle sanskrit !
Semaine après semaine je répète l'expérience et je finis par avoir des dizaines d'heures d'enregistrements. Aucun médecin consulté ne nous donne d'explication et je sens même comme une gêne auprès de ceux qui la soignent.
Il y a un mois, la directrice du centre me demande d'arrêter l'expérience qu'elle prétend préjudiciable à mon enfant. Je n'ai osé la contredire de peur que Véronique ne soit renvoyée. Il est si difficile de trouver une place dans une bonne institution pour les enfants autistes ! Mais je trouve aberrant de ne rien faire. Je suis sûre que Véronique peut parler puisqu'elle parle dans son sommeil !
Sans rien dire, j'ai continué l'expérience mais d'une manière différente. Quand Véronique se met à parler anglais je l'interromps et lui pose des questions dans cette langue que je parle très mal. Mais c'est juste pour essayer. Et elle me répond ! Folle de joie je n'ose pourtant apporter la cassette à la directrice. Sur le conseil de mon amie Janine Langlois qui a entendu parler de votre projet de revue je vous en envoie une copie. Peut-être pourrez-vous me dire ce que je dois faire. Quelle personne compétente pourrait me guider ?
Madame Simone Lagarde - Paris
Témoignage
MA FILLE EST UNE EXTRALUCIDE
Suite au témoignage que vous avez publié dans le dernier numéro sous le titre "Mutique et pourtant elle parle." je voudrais vous faire part d'une expérience analogue.
Le calvaire de notre vie, c'est notre fille. Une enfant adorable, très jolie, mais anormale. Affligée dès sa naissance d'une débilité légère, elle refusa d'apprendre à parler et ne réussit jamais à marcher normalement. Nous l'avons montrée aux plus grands spécialistes d'Europe, puis des Etats-Unis. En vain. Elle passe ses journées à gambader dans sa chambre, à quatre pattes, à pousser de petits cris inarticulés, à rire aux éclats puis à demeurer prostrée durant des heures, avec une espèce de sourire douloureux sur son visage inexpressif.
Or, quelle ne fut pas ma stupéfaction, il y a environ un an, lorsqu'un matin, voulant l'embrasser avant de me rendre à mon travail, Véronique se dressa sur son lit et me dit d'une voix enjouée, au timbre harmonieux: - Papa, ne va pas au travail ce matin, ton rendez-vous est annulé, et tu risques d'avoir un accident !
Je la regardai d'abord éberlué puis, fou de joie, je la pris dans mes bras et l'embrassai avec fougue.
- Mais tu parles ma chérie ! C'est merveilleux ! Martine, viens voir, Véronique est guérie ! Elle parle !
Ma femme accourut, m'interrogea du regard et, devant sa mine incrédule, je demandai à la petite:
- Ma chérie, veux-tu me répéter devant maman ce que tu viens de dire?
J'eus beau faire, supplier, poser dix fois la même question, rien n'y fit, ma fille resta muette. Mon épouse me dit en pleurant:
- Tu es fou de me dire des choses pareilles. Tu voudrais tellement que ta fille parle alors tu me racontes n'importe quoi.
Elle alla recoucher Véro et moi, voyant l'heure, je lui dis, en l'embrassant:
- A ce soir, il faut que je me dépêche ! Je suis déjà en retard.
En arrivant à l'usine, je grimpe quatre à quatre à mon bureau, évitant l'ascenseur toujours lent et encombré.
Ma secrétaire me voyant hors d'haleine, me reçoit avec le sourire et me dit:
- Il faut vous ménager Monsieur, inutile de vous presser comme ça, votre rendez-vous est annulé !
- Comment ça annulé? demandai-je surpris.
- Eh bien oui, Monsieur de M. vient de m'appeler. Il ne peut vous recevoir ce matin ! Mais vous en faites une tête ! Cela vous contrarie vraiment à ce point? fait ma secrétaire intriguée.
- C'est que... Mais je n'achevai pas la phrase. J'esquisse un mouvement d'impatience et, sans m'expliquer davantage je repars en courant. J'entends derrière moi Maryse qui me précise:
- Monsieur de M. vous propose un nouveau rendez-vous pour le 13 à quinze heures ! ‚a vous va?
Je lui fis signe de la main que oui et fonce vers l'escalier. Je l'entends encore marmonner:
- Mais qu'est-ce qu'il a aujourd'hui celui-là ! Je bondis dans ma voiture et démarre en seconde, fonçant chez moi. Comme je tourne dans ma rue sans ralentir, une camionette surgit de ma droite et, malgré nos coups de freins respectifs, percute mon auto de plein fouet.
Le soir, le plus calmement possible, je raconte tout cela à ma femme, mais elle ne me croit pas.
Durant des semaines je n'entendis plus une seule parole distincte de la bouche de Véronique. La vie reprit son train-train.
A quelque temps de là, un soir qu'avec ma femme nous regardions un film à la télé, Véronique surgit dans le noir, debout, se tenant bien droite sur ses jambes et nous dit à brûle-pourpoint:
- Le mur de Berlin est tombé !
- Qu'est-ce que tu dis? Marthe et moi, nous nous regardons, aussi surpris l'un que l'autre. Ma femme se penche vers la gamine qui s'est remise à quatre pattes et s'éloignait en nous tournant le dos.
- Ma chérie, veux-tu me répéter ce que tu viens de dire?
Mais la petite ne parut pas l'entendre et regagna sa chambre. Perplexes nous débattons un instant de ce qu'il y a lieu de faire. Je lui dis: "Tu vois bien que l'autre fois je n'avais pas rêvé, cette fois tu l'as entendue parler comme moi !"
- Mais qu'a-t-elle a voulu dire avec son "Mur de Berlin"?
- Je n'en sais fichtre rien !
Nous éteignons la télé et nous nous installons au chevet de Véronique, qui s'est recouchée et dort à nouveau profondément. Nous l'avons regardée dormir longtemps, avant d'aller nous coucher à notre tour.
Le lendemain, aux nouvelles du soir, toutes les chaînes de télévision annoncèrent l'incroyable nouvelle de la chute du "Mur de la Honte".
Fous d'espoir, nous avons à nouveau fait examiner Véronique par les plus grands spécialistes. Nous leur expliquons le plus sobrement possible les deux scènes étranges que nous avons vécues. Ils nous écoutent poliment, tout à fait sceptiques, proposent des traitements avant de nous écouduire gentiment.
Notre problème restait entier. Véronique ne parlait pas plus qu'avant.
Un psychiatre renommé nous proposa de la prendre en observation dans son centre spécialisé, mais ma femme refusa de se séparer de notre fille.
En septembre dernier, nous emmenons Véronique en vacances à la campagne. Je roulais sagement, Marthe et l'enfant installées sur la banquette arrière de l'auto. Elle semblait dormir, lorsque soudain, sur l'autoroute du Mans, elle se pelotonna craintivement contre ma femme et cria:
- Papa, attention, le camion va se renverser et tuer un motard !
Je ralentis instinctivement, bouleversé par le cri de ma fille.
Bien m'en prit, car au même instant, déboîtant de la file de droite, un semi-remorque hollandais surgit sur la seconde voie, coupant la route à une caravane qui se met à danser dangereusement sur la chaussée. Déséquilibré, l'attelage s'immobilise en équerre, barrant la route. Un poids lourd freinant à mort se met en travers, heurté de plein fouet par un autre camion, qui se renverse à son tour sur le flanc. Une moto surgissant à grande vitesse sur notre gauche, fonce droit sur l'obstacle, qu'elle percute avant de prendre feu. Malgré son casque, le pilote reste désarticulé sur le macadam, apparemment mort sur le coup.
L'accident se déroula si vite, que je n'eus guère le temps d'avoir peur. Miraculeusement indemne avec ma petite famille, je me garai sur la piste de dégagement avant de me tourner vers ma femme:
- Ça va ?
- Tu as entendu Véronique ?
- Bien sûr, c'est pour ça que j'ai pu freiner à temps ! Après sa brève intervention, l'enfant s'était repliée sur son monde intérieur et semblait se désintéresser de ce qui se passait autour d'elle.
Choquée, au bord de la crise de nerfs, ma femme berçait machinalement sa fille dans ses bras.
Derrière nous c'était l'enfer. Un enchevêtrement de tôles, un camion brûlait, des bruits d'explosion, des crépitements et des cris nous parvenaient, étouffés par la brume.
Egoïstement, je repartis au plus vite, quittai l'autoroute pour notre fermette du Morbihan. Nous étions bouleversés ma femme et moi.
Un soir, dans notre appartement, notre fillette couchée, nous rêvassons mélancoliquement dans le noir devant un feu de bûches, lorsque Marthe se penche vers moi et me dit:
- Je crois que Véronique est voyante ?
- Qu'est-ce que tu dis? soufflai-je hypocritement, n'osant détourner les yeux des flammes de la cheminée. Je venais de penser la même chose au même moment.
- Chaque fois qu'elle parle c'est pour dire ce qui va arriver ! La première fois, souviens-toi, ton rendez-vous remis et ton accochage. Puis la prédiction sur Berlin ! Et aujourd'hui, l'accident !
- C'est vrai, il y a quelque chose d'incompréhensible en elle !
- Et je ne t'ai pas tout dit ! Fasciné par le feu et par ce que me dit Marthe, j'écoute la suite un peu anxieux:
- Il y a quelques jours Véronique m'a dit à brûle-pourpoint qu'elle allait avoir un petit frère !
- Mmmm ! Marthe me regarde intensément, quêtant une réponse ou une remarque de ma part. - Tu ne dis rien? Tu ne me demandes pas si c'est vrai? Eh bien je suis allé voir ma gynécologue. C'était exact. Je suis enceinte de plus de deux mois et nous allons avoir un fils !
J'étais tellement abasourdi par cette nouvelle, que je serrai tendrement ma femme dans les bras, sans rien oser lui dire de plus.
- Pensez-vous que Véronique perdra son don de voyance en grandissant? Nous aimerions faire la connaissance de M. et Mme Lagarde, pour échanger nos expériences et tenter de trouver des solutions. Pouvez-vous leur transmettre notre message ?
J.L. Bernard -Evry
Le repli sur soi-même qui caractérise l'enfant autiste n'altère en rien ses facultés intellectuelles ou mentales. Un médecin de la région lyonnaise qui ne désire pas voir son témoignage publié dans nos colonnes affirme que son épouse et lui-même ont réussi à sauver leur enfant autiste malgré le pessimisme de tous les spécialistes consultés. Mais il nous a fallu du courage, une présence constante, un amour total ! nous précise-t-il. Il n'ose émettre un avis sur le cas de Véronique que nous lui avons soumis, mais il nous dit que des autistes manifestent parfois des dons exceptionnels en certaines disciplines. Lire Bruno Bettelheim: La Forteresse vide (Gallimard) et Meltzer: Autisme infantile (Payot).
Témoignage
UN GÉNIE AUTISTEEn refusant le contact avec le monde extérieur, l'autiste se replie sur son monde intérieur. L'enfant autiste ne cherche pas à communiquer avec les autres, ni avec la réalité. Cela n'empêche pas certains d'entre eux de se révéler, à l'abri de leur forteresse, des enfants surdoués. Nous avons déjà publié plusieurs articles dans notre revue à ce sujet. Le cas rapporté ci-après, rejoint curieusement ceux de Thomas James et de Patience Worth, qui sans être autistes étaient des personnes simples, sans grande culture littéraire.
Aîné de nos trois enfants, Serguéï était un enfant autiste depuis l'âge de trois ans. Il avait commencé par parler à l'âge de deux ans, tout à fait normalement. Il se révéla même plutôt précoce pour son âge et d'une intelligence au-dessus de la moyenne. Mais un matin, à son réveil, il refusa de parler. Et depuis, malgré de nombreuses visites chez les médecins , des consultations de spécialistes ou des examens dans des centres spécialisés, Serguéï resta muet. C'est à peine si, parfois, il bégayait quelques syllabes incompréhensibles ou vagissait comme un nouveau né. Mon mari et moi, restions inconsolables. Et ce n'étaient pas Marina et Youri , enfants sans problèmes, qui nous consolaient de la maladie de leur grand frère.
Nous espérions le guérir Bien que les médecins nous eussent conseillé de confier l'enfant à un centre spécialisé, nous l'avons toujours gardé auprès de nous, espérant de parvenir à le guérir à force de soins et d'amour. Nous avons beaucoup réfléchi à ce qui avait pu arriver à Serguéï. Comme la plupart des russes alors citoyens soviétiques, nous vivions dans des appartements sans grand confort, à partager avec deux autres familles, ce qui créait une promiscuité difficile à supporter à la longue.
Avec mon mari et nos enfants, nous vivions dans une grande pièce que, la nuit venue, nous séparions par un paravent et des rideaux, pour nous ménager un peu d'intimité. Lorsque nous avions envie de nous livrer à de petits câlins conjugaux, il fallait attendre que les enfants soient endormis. Or, la nuit où Serguéï fut atteint de mutisme, nous nous étions un peu éclatés avec mon mari, et peut-être notre fils avait-il entendu nos chuchotements, nos plaintes étouffées et avait-il été traumatisé par nos ébats ? C'était en tout cas un des reproches que nous nous faisions. Durant dix ans, notre vie fut de plus en plus pénible. Car si, les premiers temps nous gardions l'espoir de voir notre enfant guérir, cette espérance s'amenuisa au fil des ans. A huit ans, le visage de Serguéï prit les stigmates du mutique, à dix ans les médecins le déclarèrent irrécupérable et nous pressaient de nous en séparer. En 1987, mon mari trouva une place d'ingénieur en Ukraine et obtint une maison avec un jardin, dans la campagne proche du conglomérat où il travaillait.
Un événement extraordinaire Toute la famille s'installa avec joie dans cette maison et notre vie en fut totalement transformée. Je pus désormais rester à la maison pour m'occuper de mes enfants. Quelques mois plus tard, Serguéï venait d'atteindre l'âge de 13 ans, il se produisit un événement extraordinaire. Mon mari était en déplacement pour son travail, Youri et Marina se trouvaient à l'école, lorsque soudain, Serguéï à qui je m'efforçais depuis des années d'apprendre sans grand succès, à lire et à écrire, sans jamais me décourager, se mit à griffonner à toute vitesse des phrases sur son cahier, tout en ânonnant des mots que je ne comprenais pas. Intriguée, je me mis à suivre des yeux les mots qu'il alignait d'une écriture spontanée mais très lisible, comme si quelqu'un guidait sa main. Je fus stupéfaite de ce que je lus.
On eût dit du Pouchkine C'était un texte très beau, au style harmonieux, aux phrases ciselées à la manière dont on écrivait avant que la révolution ne vienne abâtardir notre art d'écrire. On eût dit du Pouchkine. Cela parlait de la vie d'autrefois, au temps des Czars, et il y était question d'un grand amour romantique et contrarié entre un jeune fils de paysan et une jeune fille noble. Les descriptions étaient si belles que j'en fus bouleversée.
Serguéï écrivit jusqu'au soir, nourcissant tout un cahier, puis un autre... écrivant sans relâche jusque tard dans la nuit. Seule la fatigue mit fin à son travail. Il s'endormit comme une souche le front sur son cahier, et je fus obligée de le transporter sur son lit et de le déshabiller sans qu'il se rende compte de rien. Son sommeil fut agité, il vagit comme un bébé, émettant des sons incompréhensibles. Le lendemain, après son déjeuner, il se remit au travail, tel un automate, et écrivit sans relâche, plongé dans une sorte d'état second. Le soir venu il s'endormit sans dîner et tout habillé sur son lit.
Lorsque mon mari revint de voyage, et que je lui montrai les cahiers de Serguéï, il demeura un long moment perplexe et se demanda si je ne me moquais pas de lui. Comme je lui jurais que c'était notre fils qui avait écrit cela, il se mit à lire son texte d'une seule traite, comme je l'avais fait moi-même.
- Ce n'est pas possible...
- Pourtant ! J'étais auprès de lui tout le temps qu'il écrivait... On dirait une histoire dictée par Dieu ou les anges.
Serguéï n'a plus jamais écrit. Il reste muré dans son silence, dans sa nuit. Son récit a été publié comme une curiosité par les Editions de la revue de psychiatrie de Moscou.
Ludmila Vlassov - Saratov
Cette incroyable histoire nous rappelle le cas tout aussi étrange de Thomas P. James que nous racontons ci-après. Le témoignage de Mme Panfilova est à rapprocher de ceux de Madame Simone Lagarde à Paris et de M. & Mme Bernard d'Evry publiés dans les premiers numéros de Science & Magie. Le repli sur soi-même qui caractérise l'enfant autiste n'altère en rien ses facultés intellectuelles et mentales. Le phénomène de l'autisme n'a pas encore livré tous ses secrets.
COURRIER DES LECTEURS Les génies autistes Science & Magie est l'une des rares revues traitant de l'ésotérisme qui publie régulièrement des témoignages sur l'autisme, en démontrant combien ces malheureux handicapés qui souffrent de graves troubles mentaux peuvent être attachants et receler de qualités quasi géniales.
Une récente étude américaine affirme que l'on détecte chez près de 10% des autistes déclarés un ou plusieurs sens très développés, confinant parfois au génie. Certains autistes possèdent un véritable 6e sens.
On compte d'excellents artistes parmi les autistes, des musiciens de grand talent, des peintres hors-pair, mais également des voyants, des médiums, des télépathes, des calculateurs prodiges. L'autisme n'a pas encore révélé tous ses secrets.
Dr. James Barry-Moore - Sheffield
D'Angèle T., à Lyon:Ce que dit votre correspondante, au sujet des enfants autistes est assez vrai. Il n'y a que très peu d'institutions spécialisées où l'on s'occupe de ces cas, toujours très attachants. Mon expérience personnelle veut qu'un enfant atteint d'autisme exige une présence constante, une tendresse patiente et le sacrifice total d'une personne proche qui devra l'assister jour et nuit, jusqu'à ce que le contact soit pleinement rétabli. Placer un enfant mutique parmi d'autres cas à problèmes et le plus souvent incurables, ne résout rien. J'ai eu le bonheur et la chance de sauver mon enfant, grâce à une voyante qui m'a bien conseillée. Je l'ai récupéré à 90 %, mais à quel prix !
Je suis heureusement surprise de trouver dans votre revue ce genre de lettres, qui devrait davantage intéresser les psychologues que les occultistes !
Témoignage
MON FILS EST UN VOYANT
Durant quatre ans ma vie fut un véritable calvaire. Pourtant, à la naissance de Benjamin je fus si heureuse ! C'était un gros bébé joufflu à l'appétit féroce, qui malmenait joyeusement ma poitrine à chaque tétée. Jusqu'à l'âge de deux ans tout alla bien. Il se mit à balbutier, puis à marcher. A deux ans et demie il parlait déjà très bien et le pédiatre me disait qu'il était en avance pour son âge. Tout bascula au retour des vacances. Cet été-là nous étions allés camper dans les Pyrénées et y avons passé des journées superbes.
Habitant la banlieue de Madrid, nous avons profité du voyage de retour pour aller rendre visite à la famille, habitant près de Saragosse. Là, ce furent trois jours de fêtes et de banquets en notre honneur. Je retrouvai toutes mes amies de jeunesse, mes anciens galants, et mon mari ne dessaoûla pas de trois jours.
A l'heure du départ, les bagages déjà chargés dans la voiture, nous cherchons Benjamin partout. Il a disparu.
Affolée, j'alerte la famille, les amis, et après des heures de recherches, nous retrouvons Benjamin au bord de l'Ebre, rôdant solitaire, pieds nus sur les galets d'un bras désséché du fleuve. Tout à ma joie de le revoir, je l'embrasse, le caresse, le dorlote, et je mets quelques secondes à me rendre compte qu'il n'a pas du tout l'air dans son assiette. Son regard est vide. Lui, d'habitude si bavard, ne me parle pas. Comme nous sommes très en retard, nous abrégeons les adieux avec la famille et montons en voiture.
Jusqu'à Madrid, Benjamin ne desserre pas les dents.
Il ne dort pas, mange très peu et n'a pas du tout l'air intéressé par le paysage. Nous mettons cela sur le compte d'une grande fatigue. Arrivés à la maison très tard, nous le couchons immédiatement.
Le lendemain, je le retrouve pareil. L'air absent, hébété, silencieux, les lèvres entrouvertes.
Comme il mange à sa faim, que j'ai beaucoup de travail, je ne m'inquiète vraiment que le surlendemain.
A la consultation, notre bon Docteur qui soigne depuis des années toute la famille, l'examine et, faute de mieux, diagnostique comme nous une grande fatigue. Il prescrit quelques remèdes et propose une nouvelle visite pour la fin de la semaine.
Le samedi suivant, Benjamin est toujours dans le même état d'hébétude. Il n'a pas déserré les dents sinon pour marmonner de vagues onomatopées ou des vagissements de bébé. Cette fois je suis vraiment très inquiète. C'est surtout son regard vide qui me préoccupe.
Le médecin famille nous prescrit un examen approfondi par un spécialiste de la capitale.
Je profite de la voiture de Juan qui se rend chaque jour à Madrid pour son travail. A l'Hôpital, nous attendons trois heures, avant d'être reçus par le toubib.
Le Professeur, un grand ponte d'un abord très froid et de gestes plutôt rudes, examine mon fils d'abord en ma présence, puis, seul, après m'avoir prié de passer dans l'antichambre de son cabinet. Une demie heure passe. Une assistante me fait revenir et, devant Benjamin, le Professeur me questionne longuement sur notre vie de famille, sur nos vacances, sur le comportement habituel de mon petit. Après un bon quart d'heure de conversation, quand je lui demande de quoi il souffre, il m'annonce que mon fils a probablement subi un traumatisme psychologique. Considérant son mutisme provisoire, il me propose de le laisser une quinzaine de jours en observation dans le service spécialisé de l'hôpital. Comme je me mets à pleurer, le docteur me tapote l'épaule, tente de me consoler.
C'est alors que Benjamin, qui n'a pas prononcé un mot depuis dix jours, lance:
- Yo quero partir ! El medico es un maricon ! Yo soy simplemente autisto !
Folle de joie de l'entendre parler, malgré l'insulte adressée au médecin et le mot "autisto" que je ne comprends pas, je le couvre de baisers. Mais mon fils retombe dans son hébétude.
Le Professeur secoue la tête:
- Allez ! Réfléchissez à ma proposition. Parlez-en à votre mari avant de prendre votre décision. Je vais téléphoner à votre médecin traitant.
Après bien des discussions avec mon mari, certaines même orageuses, nous avons pris la décision de garder Benjamin auprès de nous. Bien qu'il restât prostré des journées entières, je ne le quittai plus une minute, lui parlant comme s'il était tout à fait normal. Parfois, au moment où je m'y attendais le moins, il se mettait à me parler en espagnol ou en français (langue qu'il n'avait jamais apprise bien que, avant sa naissance, nous eussions habité cinq ans en France).
Un jour, nous venions de fêter son troisième anniversaire, comme je l'avais emmené faire les courses dans une grande surface et que j'étais en train de calculer mentalement le montant du prix des marchandises dans le caddy avant de passer à la caisse, il me dit très distinctement: - Cela fait 8754 pesetas !
Je le regardai, incrédule. Quelques minutes plus tard, la caissière me réclama très exactement cette somme. Une autre fois, au salon, mon mari regardait un jeu télévisé très populaire où le présentateur posait des tas de questions à des personnes triées sur le volet.
Comme l'un des concurrents séchait sur une réponse difficile à trouver, j'entendis distinctement Benjamin murmurer:
- 3845 !
La question était: Trouvez la racine carrée de quatorze millions sept cent quatre vingt quatre mille vingt cinq !
La réponse donnée ensuite par l'animateur était bien celle de Benjamin !
Une nuit, je fus réveillée en sursaut. Benjamin parlait tout haut dans son rêve. Je mis aussitôt un petit magnétophone en route pour l'enregistrer, comme me l'avait suggéré notre bon Docteur. Il semblait réciter un poème !
Lorsque je récoutai la bande avec mon mari, nous entendons surpris, sa petite voix émouvante, déclamer:
Ay ! dulce amiga, que no vuelvo haber te;
Cuerpo garrido que se lleva la muerte.
No hay amor sin pena, pena sin dolor,
Ni dolor tan amargo como el del amor !D'où sortait-il ça? A quatre ans !
Durant les mois qui suivirent, Benjamin resta prostré avec, de temps à autre, un éclair de clairvoyance absolument étonnant. Comme celui-ci par exemple, ce jour où mon mari tomba gravement malade.
Emmené à l'hôpital, les médecins ne trouvèrent d'abord rien. Pourtant Juan semblait vraiment mal en point.
Le soir, au dîner, Benjamin me dit:
- Papa il s'est démis une vertèbre, il a une sciatique. Faut voir un rebouteux !
Il utilisa le mot précis "ensalmador" !
Juan traîna plus d'une semaine dans différents services de l'hôpital, subissant des tas d'examens désagréables. En vain. La seule chose qui le soulageait un peu ce sont des infiltrations, très douloureuses. De plus en plus inquiète, je parlai à notre bon Docteur de la suggestion de mon fils. (Il était naturellement au courant de ses éclairs de lucidité). Il haussa les épaules.
- Pourquoi pas ! Vous en connaissez ?
- Non !
- Faut aller voir Pablo Hernandez à La Vuelta ! dit alors Benjamin qui m'accompagnait partout.
Intrigué par cette sortie péremptoire de l'enfant qu'il entendait parler pour la première fois, il compulsa l'annuaire du téléphone, trouva un Pablo Hernandez à la Vuelta, un petit patelin des environs, et l'appela.
L'homme était un simple paysan. Il nous fixa rendez-vous pour le lendemain. Le bon Docteur accepta de nous accompagner et commanda une ambulance pour Juan.
L'expédition fut harrassante mais couronnée de succès. Hernandez, auquel les paysans des environs recouraient pour soigner leurs entorses ou celles de leurs bêtes, réussit à soulager mon mari en l'étirant sur une espèce de cheval d'arçon.
Deux jours plus tard il était debout, en pleine forme, guéri.
Je pourrais vous raconter dix histoires comme celle-là.
Mais le plus curieux, ce fut le retour de mon fils à la vie normale. Il venait d'atteindre l'âge de six ans, lorsque un matin, en se levant, il me réclama son petit déjeuner. Interloquée, je lui proposai de le prendre avec moi, après le départ de son père.
- Non, papa va m'accompagner à l'école pour voir la directrice ! Je veux aller en classe !
Et, depuis cet instant, Benjamin parla normalement comme un enfant de son âge, et tout rentra dans l'ordre. Il n'eut plus jamais de flash de clairvoyance et vécut de la même vie que ses petits camarades.
Dolorès Malaguena - Madrid.
Nous le disions dans le N°2 de la revue Science & Magie, le repli sur soi d'un enfant autiste n'altère en rien ses facultés intellectuelles ou mentales. Il n'est pas rare que de tels enfants sortent parfois de leur forteresse pour manifester inopinément de dons exceptionnels tels le parler en langues, la voyance ou la télépathie. Le Dr Kiro Yamaguchi qui s'occupa de nombreux enfants mutiques au Japon, rapporte le cas du petit Motoori Y. qui, à l'âge de six ans, parlait le chinois et le sanskrit dans ses rêves et celui de la petite Mitsuko S. capable d'écrire toutes les pensées de son docteur !
COURRIER DES LECTEURS
Témoignages
D'Angèle T., à Lyon
Ce que dit votre correspondante, au sujet des enfants autistes est assez vrai. Il n'y a que très peu d'institutions spécialisées où l'on s'occupe de ces cas, toujours très attachants. Mon expérience personnelle veut qu'un enfant atteint d'autisme exige une présence constante, une tendresse patiente et le sacrifice total d'une personne proche qui devra l'assister jour et nuit, jusqu'à ce que le contact soit pleinement rétabli. Placer un enfant mutique parmi d'autres cas à problèmes et le plus souvent incurables, ne résout rien.
J'ai eu le bonheur et la chance de sauver mon enfant, grâce à une voyante qui m'a bien conseillée. Je l'ai récupéré à 90 %, mais à quel prix !
Je suis heureusement surprise de trouver dans votre revue ce genre de lettres, qui devrait davantage intéresser les psychologues que les occultistes !
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