Plantes de santé
LE PLANTAIN
par Piotr Daszkiewicz



Introduction

Des informations sur le plantain ne manquent pas dans la plupart des ouvrages traitant des plantes médicinales.

Ces livres parlent le plus souvent du Grand Plantain Plantago major, du Plantain des oiseaux, du Plantain lancéolé ou Herbe à cinq coutures Plantago lanceolata L., du Plantain moyen ou Langue d'agneau Plantago media L.

On connaît depuis longtemps l'effet reposant sur les yeux fatigués d'un collyre préparé avec des feuilles de plantain.

Dans les campagnes, on use du plantain pour calmer le mal de dents en plaçant dans le conduit de l'oreille un tampon de racine de plantain râpé.

Les graines du grand plantain, qui doivent être récoltées bien mûres et par temps sec, font les délices des oiseaux de compagnie.

La plante entière est utilisée soit dans l'alimentation, soit en diététique ou en thérapeutique. Les feuilles jeunes peuvent être consommées en salade ou en légume. Le suc frais extrait des feuilles (au printemps, à la floraison) sert à diverses préparations, notamment des collyres (sous forme d'hydrolat).

On récolte (toute l'année) les racines du plantain que l'on broie pour préparer des cataplasmes anti-infectieux. Les graines mûres (récoltées par temps sec que l'on sèche rapidement au soleil ou à four tiède pour éviter le brunissement) sont un complément alimentaire très riche.

"On attribue au suc de plantain des propriétés fébrifuges et efficaces contre les morsures de vipères". (Larousse Médical, édition 1972).

Propriétés :
Le plantain est réputé adoucissant, astringent, cicatrisant, dépuratif, diurétique, expectorant, résolutif.

Il est couramment utilisé dans le traitement des affections suivantes : acné, grippe, bronchite, conjonctivite, constipation, contusions, mal de dents, diarrhée, epistaxis, morsure, phlébite, piqûres, plaies, rhume, ophtalmies.

Mais le plantain mérite mieux que ces quelques informations que l'on retrouve pratiquement dans tous les manuels sur les plantes.

C'est sans doute l'une des plantes médicinales les plus réputées de la médecine populaire traditionnelle, bien que, de nos jours, elle soit un peu oubliée et parfois même volontairement occultée par le medical business qui ne souhaite pas que les gens se soignent sans passer par son intermédiaire.

Par ce modeste ouvrage, nous souhaitons contribuer à la réhabilitation de cette plante et des remèdes naturels qu'elle fournissait à nos ancêtres.


Piotr Daszkiewicz

Étymologie du nom
Son nom latin Plantago vient probablement de "planta", la forme des feuilles de certaines espèces ressemblant à la plante des pieds. Mais ce nom a peut-être une autre origine.

Dans son Traité universel des drogues simples, Nicolas Lemery suggérait l'étymologie suivante : "Plantago de planta, plante ; comme qui dirait plante par excellence à cause de ses grandes vertus". Dans diverses langues, les noms vernaculaires du plantain font souvent allusion à ses vertus exceptionnelles.

Les anciens Écossais l'appelaient "Slan-lus" plante qui guérit. C'était également une plante sacrée pour les anciens Saxons.

Les indigènes d'Australie l'appellent parfois Englishman's foot (ou White man's foot), car le plantain pousse là où l'homme blanc a posé le pied. C'est un des rares cas où ces indigènes reconnaissent aux Blancs non seulement un bienfait mais également un certain pouvoir  !

En Angleterre, un de ses noms vernaculaires est waybread (pain de route). Pour certains auteurs c'est une allusion à la présence du plantain le long des routes. Pour d'autres le nom viendrait de l'ancien saxon.

La plante des matrones
Leclerc cite un ancien poème populaire "And with a wabret leaf he made a wallet with scrip to beg his crumbs and pick his sallet" (Et avec une feuille de plantain elle se fit un havresac portant une inscription, pour mendier ses miettes et recueillir sa salade).

En polonais, c'est Babka probablement par allusion à une "vieille femme".

Au treizième siècle déjà, Simon Corda remercie une vieille femme de l'île de Crète pour lui avoir appris les noms grecs et les vertus des plantes.

Otto Brunfels, dans son Herbum vivae eicones, avoue également que son "maître" était une herboriste d'un grand âge. Anton Schneeberger, un botaniste polonais de Cracovie, écrit explicitement qu'il doit une partie de sa connaissance botanique aux vieilles paysannes des environs de sa ville.

C'est probablement grâce à ces "bonnes femmes" du peuple, naturalistes de mère en fille, que le savoir sur les plantes médicinales fut transmis d'une génération à l'autre.
Pour les Slaves, ces femmes étaient "les gardiennes du temple" des plantes médicinales. C'est certainement pour cette raison que dans la culture slave le plantain, plante médicinale majeure, porte le nom babka.

Toutefois, puisque nous en sommes à la philologie, rappelons que l'expression populaire "remède de bonne femme" est une déformation de "buona fame" bonne renommée...

Une plante légendaire
Comme on ne prête qu'aux riches, de nombreuses légendes sont liées au plantain. Paul Sébillot décrit quelques croyances qui avaient cette plante pour objet et offrent peut-être une piste pour comprendre l'étymologie de son surnom de "plante à cinq coutures".

En Haute-Bretagne, un tailleur avait vendu son âme au diable. En contrepartie, le Malin devait le combler de richesses et biens de toutes sortes. Mais, au bout de dix ans, il viendrait prendre possession de son bien. Toutefois, il était stipulé dans le contrat que si le tailleur pouvait lui présenter une couture si fine que ses yeux de diable ne pouvaient la distinguer, il serait quitte et conserverait son âme.

Au jour de l'échéance, le tailleur qui avait peur de perdre son âme et d'être damné, eut recours aux fées, alors nombreuses dans le pays.

L'une d'elles alla cueillir quelques herbes, les cousit ensemble avec des points si fins et si menus que Satan ne parvint pas à les découvrir sous les nervures de la feuille qu'on lui présenta.

C'est depuis ce temps-là qu'en Bretagne et ailleurs, on appelle le plantain : l'herbe aux cinq coutures.


Plantago Major

Témoignage
«J'ai passé tous les étés de mon enfance en Bretagne, chez mes grands-parents. Nous nous retrouvions avec mes cousines dans un joli village du Morbihan, près de la mer. Je me souviens qu'il arrivait à mon grand-père de sortir le soir pour rendre visite à la famille.

Grand-mère était toujours très nerveuse ces soirs-là, et attendait son retour avec impatience. Vers sept-huit heures, elle commençait à s'inquiéter de ne pas le voir rentrer pour souper.

Mamie finissait toujours par nous faire manger à part, puis elle nous couchait avant que Grand-père ne soit rentré. Elle se couchait à son tour, mais ne dormait que d'un œil. Elle se levait souvent pour aller vers la porte.

Le lendemain, elle nous racontait comment, dans son premier sommeil elle entendait enfin le bruit des sabots de Grand-Pé résonnant sur le chemin caillouteux menant à sa maison. Mais, dès qu'elle courait l'accueillir sur le pas de la porte, il repartait et son pas s'éloignait dans la nuit. Elle avait beau l'appeler, il n'y avait plus personne. Alors, elle se recouchait, plus anxieuse que jamais.

Dix fois la même scène se répétait dans la nuit. Grand-mère entendait le bruit des pas de Papy, mais aussitôt qu'elle atteignait la porte, le voilà reparti  !

Ce n'était qu'au petit matin que Grand-Père rentrait, exténué et tout crotté, car il avait marché en rond toute la nuit pour retrouver sa maison.

- Voilà que t'as encore marché dans "l'herbe folle" ! lui disait-elle en l'aidant à gagner le lit. Et Grand-mère nous racontait qu'il ne fallait jamais marcher sur l'Herbe folle à la tombée du jour, sinon on errait toute la nuit, comme Papy, sans retrouver son chemin.

Des anciens morbihanais affirment que l'Herbe folle de nos ancêtres n'était autre que le plantain.»   (Anne Sauvage Plusquellec)

 

LA LÉGENDE DU PLANTAIN


Je vous attendrai toute votre vie, répondait la morte.
(Guillaume Apollinaire)

 

Plantago (Mattioli)

Nous connaissons tous ces deux plantes, l'une arrondie, replète, ventrue, boulotte, comme une bonne femme trop grassouillette... l'autre, mince, élancée, un peu maigre, comme une demoiselle en peine d'amour.

Elles sont là toutes deux au bord des chemins où nous passons, patientes, l'une près de l'autre.

Parfois, elles mettent leurs bijoux : une couronne de petites étamines couleur de topaze. Mais personne ne se penche, personne ne les cueille...

Autrefois chacun connaissait leur histoire
Il s'agit d'une Demoiselle et de sa duègne. Elles vivaient dans un château. Devant ce château passait une route des plus fréquentées.

Parfois, de beaux seigneurs à cheval, ou de riches marchands, des poètes errants ou des chevaliers armés, surpris en chemin par la nuit, demandaient asile.

La Demoiselle, fort gracieusement, les accueillait et leur offrait un bon repas... Bien de jeunes seigneurs tombèrent amoureux des beaux yeux de la Demoiselle. Mais elle, dédaigneuse, secouait la tête, et trouvait l'un trop grand, l'autre trop petit... un troisième avait les yeux bleus, alors que, tout juste, la Demoiselle aurait préféré des yeux gris... un quatrième avait le nez trop court, un cinquième, le nez trop long...

La duègne renchérissait :
« Ma petite, disait-elle, ne te presse pas... il te faut le chevalier le plus beau, le plus magnifique, le plus brillant... tu es assez belle pour exiger cela du destin... »

Enfin... un jour, un jour on frappe à la porte, et un homme entre... Il a les yeux étincelants et la bouche fine, les joues pleines et roses et quand il rit, on dirait que mille oiseaux se réveillent...

La Demoiselle et la duègne ne furent pas longues à raffoler toutes deux du beau visiteur... « J'aime ta minceur et ta beauté », disait-il à la jeune fille...

« J'admire les formes rondes chez les femmes », disait-il à la duègne. Et il demanda à passer la nuit au château...

Ce que fut ce repas, ce que fut cette soirée ! On dansa à la corde dans la cour, on joua aux charades dans la salle, on chanta, on dansa encore... et le soir, le jeune homme déclara son amour à la belle. « Je ne suis point riche, disait-il, mais je t'aimerai de tout mon cœur...

Je t'aimerai pour l'éternité.
«- Je t'aimerai, disait-elle, pour l'éternité. » Et la duègne d'ajouter : « Avec un aussi gentil seigneur, ici au château, la vie ne sera qu'un beau songe.»

Pourtant, au matin, le gentil seigneur s'attrista, et dit: « Il me faut partir, pour revenir bientôt... J'irai, j'irai dans ma ville, chez mon père, lui demander de bénir notre union, et me vêtir d'une manière digne de vous !

- Attendez, attendez, criait la duègne, que je garnisse votre sac de voyage de bonne et copieuse nourriture ! Voulez-vous donc mourir de faim en chemin ? »

Et elle lui mit du jambon si gras, que la chair rose était entourée de dix doigts de graisse onctueuse et blanche, et elle lui mit du saucisson et du pâté, des dragées et des fruits confits... »

Oh ! assez, assez, s'exclamait le jeune homme... je me nourrirais bien du souvenir de vos beaux yeux... »

Il partit mais ne revint jamais...
La belle et la duègne l'attendirent, d'abord à la fenêtre, puis, poussées par la douleur et l'impatience, au bord même du chemin. Elles y demeurèrent, l'hiver et l'été, le printemps et l'automne, si bien, si bien, qu'elles y prirent racine.

Voici, élégant et élancé, le plantain lancéolé, près de la duègne, devenue le gros plantain à feuilles rondes...

Elles resteront plantain, plantées là, jusqu'au jour, évidemment, où le beau chevalier reviendra...

Mourut-il ou fut-il infidèle ? Personne jamais ne l'a su. Mais, chaque année, les deux qui l'attendent arborent inlassablement leur couronne de topaze.

Anonyme

Sorcier préparant le plantain dans son chaudron
Dessin de Christina Daszkiewicz

 
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