PIERROUNET LE REBOUTEUX

pierrounet

Pierre Brioude (1832-1907)
Un ancien buronnier devenu cantonnier puis guérisseur

Le cantonnier Pierre Brioude (1832-1907) surnommé Pierrounet, vivait au XIXe siècle, à Nasbinals dans les monts d'Aubrac.

Placé comme buronnier (berger-fromager d'alpage) à l'âge de 10 ans, il gravit successivement les échelons de la profession: roul, bédélier, pastre et cantalès, avant de devenir cantonnier, en 1856.

Très croyant et aimant rendre service aux autres, il faisait office de sacristain, sonneur de cloches, conteur aux veillées, guérisseur et rebouteux. On disait qu'il avait reçu le "don" pour avoir un jour redressé une croix abattue au bord d'un chemin par un charretier mécréant.

En fait, c'est en gardant le troupeau qui lui était confié, que Pierrounet apprit à remettre en place les membres des brebis et des veaux blessés dans la montagne, puis, petit à petit, à rebouter les fractures humaines.

Comme son coup de main était adroit et qu'il ratait rarement son "opération", sa renommée se répandit dans la contrée et des gens vinrent se faire soigner de très loin à la ronde.

Il savait non seulement remettre les fractures, mais aussi, comme nul autre, "lever le feu", chasser le mal et guérir par la prière.

Il vécut ainsi durant plusieurs décennies, une vie simple et heureuse, se dévouant envers ses semblables. On raconte qu'en cas d'urgence il lui arrivait de réduire fractures ou entorses au bord même de la route où il exerçait son activité de cantonnier.

Marié à Marie Rose Meissonnier, il eut 7 enfants et, grâce à la générosité de ses patients, il put s'acheter une maison et vivre confortablement de leurs dons.

Sa renommée grandissant au fil des années, Pierrounet reçut chaque jour de 30 à 35 consultants dans sa demeure sans compter les tournées dans la campagne et les fermes les plus isolées où il reboutait les animaux blessés aussi bien que leurs maîtres.

pierrounet

Un afflux de patients

Cet afflux de patients entraîna la mise en place d'un service de voiture à cheval entre la gare d'Aumont et Nasbinals dont les 3 hôtels ne désemplissaient pas.

En 1898, il fut élu conseiller municipal et grâ sa renommée de thérapeute, qui attirait beaucoup de monde, la commune prospéra.

Des journaux tel le Courrier d'Auvergne lui consacrèrent des articles qui sucitèrent l'intérêt de personnalités comme le toulousain Gheuzi, futur directeur de l'Opéra, qui se fit soigner une douloureuse entorse par l'empirique.

Il a été dit, qu'au cours d'un de ses voyages en France, William Osler, un médecin canadien réputé, vint observer la manière d'opérer de l'ancien berger, conduit à Nasbinals par un de ses confrères de Bordeaux.

Cette engouement déplut aux médecins officiels de la région qui en prirent ombrage. Plainte fut déposée contre l'ancien berger pour exercice illégal de la médecine, et il dut comparaître en 1905, âgé de 73 ans, devant le tribunal de Marvejols.

La petite histoire affirme qu'à la barre, tirant de dessous sa blouse un agnelet tombé d'un rocher, il le déposa sur le sol en si piteux état qu'il ne pouvait se tenir debout.

S'adressant aux médecins plaignants, Pierrounet aurait dit : «Vous qui vous prétendez savants, remettez donc cette bête sur ses pattes !»

Les docteurs examinèrent l'animal et renoncèrent dit-on à le soigner, affirmant qu'il était trop mal en point.

Alors Pierrounet se serait accroupi auprès de la pauvre bête pour manipuler adroitement ses membres disloqués.

Sous les yeux médusés de l'assistance, l'agnelet se serait levé et aurait joyeusement gambadé autour de la salle d'audience, ce qui aurait valu à Pierrounet une relative indulgence du Tribunal.

Le rebouteux mourut d'hypertension, en pleine gloire, aussi modestement qu'il avait vécu.

Apprenant sa mort, le chagrin des habitants de Nasbinals fut touchante : "De que faroŁ lou monde, aro que Pierrounet este morte?"

En 1909, Nasbinals érigea une statue à l'enfant chéri du pays, monument qui est encore debout sur la place du foirail.
 

pierrounet monument



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