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Lieux magiques où règne le mystère |

Dans la forêt de Brocéliande en Bretagne, il est un amoncellement de pierres dont la tradition ou la légende affirments qu'il est le tombeau de Merlin l'Enchanteur. Il s'agit d'un point sensible, assez difficile à trouver, même avec de bonnes cartes topographiques. L'un des lieux magique de la forêt est la Fontaine de Jouvence que tout le monde connaît, mais le témoin le plus extraordinaire est certainement la Fontaine de Barenton. Il faut avoir le courage, disons même la rage de parvenir au but, pour s'y rendre. Loin de toute route praticable, on ne peut y aller qu'à pied. La source elle-même jaillit près d'un large bloc de pierre. La légende veut que la fée Viviane y rencontrait Lancelot du Lac et affirme qu'il ne faut jamais jeter de l'eau de cette source sur la pierre voisine, sous peine d'engendrer une terrible tempête. J'ai tenté l'expérience
Trop cartésien pour me laisser intimider, j'ai voulu tenter l'expérience, un soir de juillet, sous une chaleur accablante. Prenant un peu d'eau dans le creux de ma main, je la répandis sur la pierre. Je précise que je n'ai nullement accompli ce geste dans un but sacrilège. Seulement à titre expérimental. Comme le soir tombait, après quelques instants de recuillement dans ce haut lieu de la "Vieille Religion" ,je voulus regagner ma voiture garée assez loin de là. Le ciel, si pur toute la journée, commença par se couvrir. Le jour tomba rapidement, et je dus hâter le pas. Je n'étais pas encore parvenu à mon véhicule qu'un orage formidable éclata dans un ciel zébré d'éclairs, m'obligeant à me réfugier sous un vieux chêne plusieurs fois centenaire. De là j'assistai à un spectacle grandiose, à un formidable déchaînement des forces de la nature. Lorsque l'orage se fut éloigné je pus gagner mon auto et allai dîner dans une auberge. Isabelle Le Coz L'ÉNIGME DU "CARRÉ" DES BERMUDES
Quelle histoire que celle d'une géographie quand il s'agit du fameux "triangle" des Bermudes, région dans laquelle se sont produites d'énigmatiques disparitions de navires et d'avions s'évaporant sans laisser de traces dans l'océan Atlantique. Et, selon la NASA, cette zone des Bermudes n'a plus la forme d'un "triangle" mais d'un carré qui, certes, localise les mêmes fonds sous-marins. D'ailleurs, n'étant ni navigateur, ni aviateur et pas davantage explorateur en "bermuda" qui se rend sur les lieux en y plongeant par exemple, on peut quand même s'interroger en survolant la question et en naviguant parmi les réponses... Mystérieuses disparitions
D'abord, cela se passe outre-Atlantique, du côté des Bahamas, au large de la Floride, de Cuba et d'Haïti. C'est là que la légende prend son envol avec l'ouvrage de Charles Berlitz (petit-fils du fondateur des cours Berlitz).
Par exemple, un soir de décembre 1945, une escadrille de "TMB Avenger" se volatilise. Il s'agit de l'énigme des cinq appareils du "vol 19" da la marine américaine. Mais, en mai I991, ce mystère "tombe à l'eau" si je puis dire. Les épaves des avions sont retrouvées posées par 250 mètres de fond (voir l'Express du 6 juin 1991). Il est vrai que les pilotes ont amerri à une vingtaine de kilomètres de leur base, au large de Fort Lauderdale, en Floride!La NASA décide de se pencher sur la question
Ensuite, le problème des Bermudes refait surface quand la NASA décide de se pencher sur la question des disparitions inexpliquées qui restent constantes (une dizaine par an). Et, le phénomène a lieu à date fixe comme le souligne Jean-Yves Casgha dans "Boulevard de l'étrange". En effet, dès 1972, prévenue des conclusions de la NASA, l'Association Internationale des Transports Aériens aurait conseillé à ses membres d'éviter cette zone, au moins pendant la période la plus dangereuse, soit du 1er au 30 juin. De curieuses anomalies
Aux quatre angles, puisqu'il s'agit du "carré" des Bermudes, on trouve Hamilton aux Bermudes, San Juan de Porto Rico, San Gustavo de Los Pobres à Cuba et Savannah en Géorgie. D'ailleurs, la figure carrée n'apparaît que si l'on dispose de photos prises par satellite, comme le fait remarquer Jean-Yves Casgha. Puis, à l'intersection, on trouve un cinquième rocher identique aux quatre autres. Il mesure cent mètres de long pour trente mètres de large. Sur ce rocher qui s'appelle San Banago, il n'y a ni végétation, ni mouettes. Et aucun oiseau migrateur n'y vient jamais. Plus surprenant encore, la faune sous-marine l'évite et se raréfie à l'approche de l'îlot. Mieux encore, les indigènes ont peur de ce lieu! Pourtant, l'étude de la mer des Sargasses révèle une faune identique à celle que l'on trouve à proximité d'une terre. Et, le retour systématique des anguilles, à l'époque du frai est passé inaperçu. Alors, à cet endroit, pourquoi cet entêtement des anguilles à faire le trajet d'Europe d'une part, et d'Amérique, d'autre part, vers la mer des Sargasses ou ses alentours immédiats dans le "triangle" ou plutôt le "carré" des Bermudes dont l'aiguille de la boussole indique le nord réel et non le nord magnétique comme le précise J. Markale. Car les anguilles disparaissent ainsi dans l'océan pour ne plus jamais revenir... Edgar Cayce l'avait prédit !
Peut-être toute cette zone des Bahamas hier émergée était-elle, comme semble le prouver la découverte en 1968 de la muraille de Bimini, un ouvrage de pierres englouties par huit mètres de fond et non loin de la côte septentrionale de Nord-Bimini.
C'est même le fameux médium américain Edgar Cayce qui l'avait prédit en annonçant la date! Et, il n'y a aucune secte d'Edgar Cayce... Philippe Cousteau y a plongé où le niveau de la mer était inférieur à ce qu'il est aujourd'hui et pose la question suivante : "Comment avoir mis en place et soulevé des masses rocheuses de quinze tonnes ?" Il remarque : "Nous avons eu des problèmes avec nos boussoles sous l'eau" Enfin des géologues précisent que la sédimentation rocheuse ne correspond pas aux fonds sous-marins.Une hypothèse séduisante ?
Enfin, en octobre 1995 notamment, d'après des équipes d'océanographes et de géologues étudiant les bulles de gaz qui s'échappent des fentes volcaniques au fond de l'océan entre la côte américaine et les Bermudes, il semblerait que la remontée à la surface d'une grande quantité de méthane sous forme de bulles géantes pourrait faire couler un navire en quelques instants par une puissante aspiration. D'autre part, peut-être que l'émanation d'importants volumes de gaz, provoquerait exceptionnellement l'explosion de moteurs d'avion, les débris de l'appareil étant ensuite engloutis dans l'océan. Une base sous-marine extraterrestre ?
Si ces fuites se produisent fréquemment dans le "carré" des Bermudes, il n'est pas étonnant quelles aient donné naissance à toutes sortes de légendes, y compris celle d'une base sous-marine extraterrestre. Mais, qui a pu témoigner en direct dans les Bermudes, d'un champ magnétique perturbé par un nuage d'ions négatifs, eux-mêmes libérés par du méthane sous-marin ? En d'autres termes, qui a constaté le glissement du sédiment sous-marin libérant le bouillonnement gazeux du méthane plus léger que l'air ainsi que des ions négatifs libérés par l'eau formant des nuages ? Il est vrai que 99% des océans de la planète sont classés "Terra incognita". Conclusion
Pour conclure, il semble que la réponse au mystère se trouverait plutôt au fond de la mer que dans les cieux. Mais pour être complet, on a aussi pensé à d'éventuels trous noirs, ce qui provoquerait des ralentissements ou, au contraire, des accélérations dans le temps. Et, cette dernière hypothèse repose sur deux cas : le premier, sur l'expérience insolite d'un pilote qui, après avoir traversé un étrange nuage, attérit à Miami avec un quart d'heure d'avance sur le temps de vol normal. Quant au deuxième cas, il s'agit d'un appareil de la compagnie Eastern Airlines qui disparut pendant dix minutes des écrans de la tour de contrôle de Miami. A l'atterrisage, les montres des passagers retardaient toutes de dix minutes! Alors, ces appareils en vol avaient-ils pénétré dans une autre dimension ? Après tout, comme le disait Paul Valéry : "l'utopie d'aujourd'hui est la réalité de demain." (Alain Poret - Septembre 1996) LE CHÂTEAU D'IF
Albert del Campo, dont Benvenuto Cellini qui le rencontra dit qu'il fut l'un des sorciers les plus redoutables de la Renaissance, est crédité de plusieurs centaines d'empoisonnements criminels. Héritiers de grandes familles, Seigneurs et Rois, recoururent secrètement à ses services, et la "petite histoire" affirme que ce fut, entre autres, del Campo qui composa pour elle les poisons dont usa Catherine de Médicis pour se débarrasser des gêneurs. Une prison d'État
Au château d'If, le cachot appelé "des condamnés à mort" situé à la hauteur de la troisième marche de l'escalier du donjon, reçoit, hors saison touristique, à certaines lunaisons précises, de bien étranges personnages. Depuis quatre siècles, le Château d'If, longtemps prison d'État, accueillit dans ses sinistres cellules des criminels de haut-vol tels les frères Martel, bandits de grand chemin, des conspirateurs célèbres comme les marquis de Cinq-Mars ou de Lavalette, le Prince Casimir frère de Ladislas VII roi de Pologne, le comte de Mirabeau ou Philippe d'Orléans (plus connu sous le surnom de Philippe-Égalité) et plusieurs êtres hors du commun, situés entre réalité et légende, notamment l'abbé Faria et Edmond Dantès, héros du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas. Le premier pensionnaire
Le tout premier pensionnaire du cachot "des condamnés à mort" fut, dit-on, Albert del Campo, l'un des criminels les plus diaboliques de l'histoire. Ce sorcier, avait déjà été condamné à mort par deux fois en Italie, sa patrie, où la renommée populaire lui attribuait d'extraordinaires pouvoirs occultes. La légende veut qu'il se soit échappé par magie des prisons où il séjournait, fers aux mains et aux pieds, collier de fer autour du cou, avant de venir s'établir en Provence, à Aix. Là, il pratiqua à nouveau les spécialités qui l'avaient rendu célèbre en Italie: confection de poisons, évocation des morts et nécromancie. Les héritiers impatients
Les héritiers impatients, appartenant à de riches familles patriciennes ou marchandes, faisaient appel à lui pour savoir dans quel délai ils pouvaient espérer disposer enfin de leur héritage. Le secret d'un poison indécelable
Albert del Campo, qui, selon le célèbre orfèvre de la Renaissance, Benvenuto Cellini, possédait le secret d'un poison indécelable, le faisait servir par sa maîtresse à la personne dont il avait prédit aux héritiers la fin prochaine. La petite histoire prétend que Catherine de Médicis le rencontra secrètement au cours de l'un de ses voyages et eut recours à ses services à différentes reprises. Un envoyé secret de la Reine
Premier prisonnier du Château d'If, le mage fut brûlé vif le 23 décembre 1588 à Aix, jour même de l'assassinat du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, décès qu'il avait prédits au jour près à un envoyé secret de la Reine. L'esprit errant d'Albert del Campo apparaîtrait aujourd'hui encore près de son cachot du Château d'If, à ceux qui l'évoquent dans les règles de l'art, et leur transmet ses puissantes et maléfiques énergies. Les pantacles, les formules et les rituels magiques dont usait ce sorcier hors du commun ont été fidèlement transmis de maître à élève durant quatre siècles et seraient, selon les initiés qui en gardent jalousement le secret, d'une efficacité redoutable. (Pierre Genève) LE MYSTÈRE DES "CLOCHERS TORS"
Curieusement, c'est en m'intéressant à Yolande d'Aragon, la prodigieuse belle-mère du Dauphin, qui monta de toutes pièces l'«Affaire Jeanne d'Arc» et qui possédait le château de Baugé, que je me suis heurté au mystère des "clochers tors". En effet, à quelques lieues au nord de Saumur, il existe cinq églises, dont les clochers présentent l'étrange caractéristique d'être littéralement "vrillés". Disputes de spécialistes
Ces tours énigmatiques sont groupées dans un petit pays charmant - le Baugeois - où s'est également déroulée une célèbre bataille, qui vit l'armée française, sous la conduite du Dauphin, écraser les Anglais, le 22 mars 1421, victoire que les historiens ignorent superbement, Dieu sait pourquoi ? Les "clochers tors" ont suscité de nombreuses querelles en-tre spécialistes, se voulant plus informés les uns que les autres. Mais on ne m'enlèvera pas de l'esprit qu'en l'occurrence, certains silences se révèlent particulièrement éloquents si j'ose dire! En fait, nul ne connaît la vraie raison de ces remarquables anomalies, qui marquent le paysage, mais ne retiennent guère l'attention des cohortes d'automobilistes survoltés. Jusqu'ici, quantité de chercheurs ont en vain tenté de percer le secret de ces insolites architectures. D'après les dernières statistiques, il existerait 79 clochers "tordus" en Europe - 35 en France, 19 en Allemagne, 8 en Autriche, 8 en Belgique, 3 en Angleterre, 2 au Danemark, 1 en Italie et 3 en Suisse - dont l'immense majorité se présente sous forme octogonale. Sur le total, 46 flèches "tournent" de gauche à droite, alors que 26 "virent" de droite à gauche. Et l'ensemble de ces mouvements giratoires ne dépasse jamais le huitième de tour, ce qui - sur pareille hauteur - ne représente qu'un pourcentage marginal, suffisant pourtant pour retenir l'intérêt d'un observateur moyen. Où est la vérité ?
Les méthodes restrictives, voire ésotériques, utilisées jadis pour la coupe et le séchage des bois, n'ont nullement empêché les charpentes de "vriller", pas plus d'ailleurs que les procédés modernes, qui permettent d'abattre des arbres quasi en toutes saisons et d'utiliser des poutres à peine sciées. On notera qu'il existe des "tordus" de tous les âges. Il va de soi que les villageois, voyant leur clocher prendre de curieuses allures, ont échafaudé de truculentes légendes. Presque chaque bourg possède la sienne. L'imagination populaire s'y donne libre cours et la plupart d'entre elles évoquent la main des fées ou tournent autour de facéties du diable, qui aurait - pour de multiples raisons - mis à mal l'édifice religieux local. D'autres font état de noces où, pour mieux contempler la fête, la flèche se serait courbée et le Ciel aurait éternellement puni sa curiosité... Plus intéressante serait l'influence du vent, qui aurait exercé une sorte de torsion, à force de souffler dans la même direction. Cette hypothèse me semble bien hasardeuse et ne s'expliquerait que dans le cas de charpentes légères et fragiles... et encore! Quant au bois trop frais - qui se tord de gauche à droite en vieillissant - il ne résoud pas tous les problèmes, il s'en faut de beaucoup. D'aucuns ont évoqué la pluie, à la suite de la perte d'ardoises, d'autres ont prétendu que certains charpentiers "arrosaient" un peu trop leur ouvrage... sur place! Tout ceci reste, bien entendu, à démontrer. Un "ésotéricien" imaginatif s'est donné bien du mal à élaborer une thèse farfelue, mettant à contribution la Lune et ses pouvoirs attractifs et magiques! Les Compagnons
A mon modeste avis - si quelque phénomène a pu se produire dans l'un ou l'autre cas pour l'une des raisons ci-dessus invoquées - l'oeuvre géniale des "clochers tors" revient aux Compagnons et à eux seuls. Dans un domaine aussi complexe que la charpente, il est exclu d'attribuer à d'autres qu'à des spécialistes, détenteurs de secrets immémoriaux, une oeuvre d'une aussi grande exigence, doublée d'une invraisemblable régularité. Certaines de ces flèches ont pu se courber ou s'affaisser sous le poids des ans ou la violence des éléments (comme celle du clocher de Plougrescant que nous avons montrée dans le N° 41 de Science & Magie). Mais qu'un clocher devienne "tors" se révèle autrement difficile. On en connaît qui sont "vrillés" jusqu'à mi-course, puis droits ensuite. Du grand art! Par leur dextérité, les Compagnons du Bois ont voulu montrer à tout un chacun qu'il n'est rien d'impossible à celui qui - possédant des procédés de fabrication réservés à une toute petite élite - est en mesure de réaliser ce que le vulgaire ne songera même pas à comprendre... (Sylvio Curmondo) Témoignages ;
LE VAMPIRE DE PONTIGNÉUn paysan d'Anjou, ruiné et couvert de dettes, s'était donné au diable pour éviter la prison. La nuit, une fois par semaine, il se transformait en chauve-souris pour commettre de mauvais coups. A la faveur de ce déguisement, le vampire commit tant de crimes et de désordres, que les villageois se virent obligés de faire venir un exorciste. Le prêtre, ayant forcé le diable à comparaître, lui demanda le nom de celui qui se dissimulait sous le déguisement, car, si l'on soupçonnait le fermier c'était sans la moindre preuve. Le Malin l'indiqua à contre coeur.
Le Malin l'indiqua à contre coeur. L'exorciste, en homme sage et avisé, épia le suspect et finit par le surprendre à l'instant de sa transformation. C'était dans le clocher de l'église de Pontigné que le paysan ensorcelé se réfugiait le soir venu, délaissant ses vêtements pour devenir vampire et, ainsi travesti, courir les campagnes à la recherche de sang frais. L'exorciste ordonna au curé qui l'accompagnait de faire sonner les cloches, tandis que lui-même se rua sur le fermier juste au moment où il venait de changer de forme et s'enfuyait par une ouverture. Le saisissant par une patte, l'exorciste voulut le ramener dans le clocher, mais la bête le griffa sauvagement, se débattant comme un beau diable. Alors, d'un coup de crucifix le prêtre lui sectionna une patte qui lui resta dans la main. C'était une main d'homme
C'était une main d'homme. Déséquilibré, le vampire s'envola à tire d'ailes, en poussant des cris épouvantables, entraînant le clocher dans sa fuite. Le lendemain, les habitants de Pontigné découvrirent avec effroi la forme étrange qu'avait pris leur clocher. En allant visiter le paysan suspect, l'exorciste, le trouva au lit, l'avant-bras enveloppé dans des linges sanglants, et l'on s'aperçut qu'il n'avait plus de main droite. VIEIL-BAUGÉ
Le célèbre clocher de Vieil-Baugé, en Maine-et-Loire, est à la fois "tordu" et "courbé". On y rapporte que, du temps de Yolande d'Aragon, deux ducs y épousèrent le même jour des soeurs jumelles. A la sortie de l'office religieux, les jeunes épousées sacrifièrent au rite de "l'embrassade publique". Mais, scandale! elles se mirent l'une comme l'autre, à échanger les plus tendres baisers, chacune avec... son beau-frère! Gaillards, les nombreux invités de la noce, d'abord stupéfaits, furent pris d'un formidable fou-rire, qui s'entendit des lieues à la ronde. Et le clocher, amusé par la scène, se "tordit" de rire, lui aussi! SAINT-OUTRILLE
Le clocher de Saint-Outrille, dans le Cher, est d'abord "tordu", puis droit... le grand art! Deux légendes se rapportent à cet étrange clocher. La première veut que cette flèche se redresse lorsque trois jeunes filles - vierges et originaires du lieu - se marieront, le même jour, dans l'église qui la supporte. La seconde prétend qu'une vieille femme voulut déloger le diable, qui avait élu domicile au sommet de la tour. Effrayé, le Malin prit la fuite en hurlant. Mais, furieux d'être chassé de son perchoir, il tordit le clocher d'un seul coup de son énorme queue, qu'il avait enroulée au faîte de l'édifice. LES CLOCHERS TORS FONT COULER BEAUCOUP D'ENCRE
Qu'ils soient "irréguliers", "vrillés", "tordus", "grotesques", "tournés", "flammés", "hélicoïdaux", "en spirale", "enroulés", "en volutes", "à arêtes courbes","en pyramide octogonale spiralée", "tortus", "en limaçon", ou, selon le langage populaire, "saoûls", "bourrés" ou "endiablés", les clochers tors ont fait couler beaucoup d'encre.
Longtemps, des spécialistes se disputèrent sur l'origine de leur curieuse apparence que les uns attribuaient à la volonté délibérée d'un constructeur, d'autres aux forces de la nature, les plus imaginatifs à des interventions surnaturelles, angéliques mais le plus souvent diaboliques.En fait, comme le suggère notre ami Sylvio Curmondo et la plupart des architectes contemporains, si quelques clochers tors le sont devenus par accident, la plupart ont été conçus par des compagnons inventifs, élaborant leur "chef d'oeuvre" en grandeur nature, hypothèse corroborée par les admirables plans qui nous sont parvenus. La Société Archéologique de Puiseaux et l'Association "Les Clochers tors d'Europe", s'efforcent de réunir tous les documents à leur sujet et ont publié un remarquable ouvrage illustré dont nos lecteurs trouveront la référence plus loin. SAINT-MAURICE DE MERVANS
Mervans, en Saône-et-Loire, possède un très curieux clocher "tors". Rares sont les "clochers flammés" recouverts de tuiles comme celui de Mer-vans, qui date de la Renaissance. L'histoire et les légendes entourant cet édifice valent la peine d'être contées. Au Moyen-Age, la bourgade était surtout connue pour sa léproserie. L'église de Mervans, elle, date du XIVe siècle. Elle a toujours été placée sous le patronage de saint Maurice. (voir encadré). Les faits marquants
Des événements qui ont émaillé son histoire, nous retiendrons quelques faits marquants:
- D'abord cette messe de "purification" qui y fut célébrée, le 21 septembre 1636 après la prise de Verdun-sur-le-Doubs par les Impériaux commandés par Lamboy et Forkak, général des Croates.
- En 1764, selon le bulletin paroissial, «François Chauveau, couvreur à thuile domicilié à Ourouxest mort de la chute du cloché de Mervans le 7 juillet 1764 et a été enterré après être relevé par la justice le lendemain.»
- En 1793, une bande de révolutionnaires de 12 hommes et plus venant des communes voisines fit irruption dans l'église pour la dévaster. Ils dirigèrent leurs armes sur un bas-relief en bois sculpté représentant les saintes femmes au pied du crucifix. Leurs fusils s'enrayèrent et aucune des balles ne partit. C'est ainsi que cette oeuvre précieuse fut miraculeusement épargnée.
- Des trois cloches de l'église, les deux plus petites furent volées durant la révolution.
- Dans la nuit du 3 au 4 avril 1902, une grande partie de l'église s'effondra. La veille de l'accident, un architecte avait inspecté l'église et déclaré qu'elle n'était pas en mauvais état.
Mais miraculeusement son célèbre clocher flammé, fièrement dressé au-dessus de son antique charpente, sortit indemne de l'éboulement de l'église. L'église dut attendre plus de vingt ans avant d'être restaurée.
- En 1908, le conseil municipal envisagea même la vente du clocher, de sa cloche de 1509 et de l'horloge, pour la somme de 2.030 F. Cette décision fut annulée, car elle prévoyait la démolition du clocher aux risques et périls de l'éventuel acquéreur et la transformation du cimetière entourant l'église en place publique.
- L'église restaurée fut bénie le 9 août 1925.Légendes
Le clocher flammé de Mervans dont la construction date de la période flamboyante du gothique anglo-normand est à l'origine de curieuses légendes. L'une raconte "que le clocher de Mervans aurait été construit en une seule nuit par des fées, laissant quelques trous à dessein. Ces trous n'ont jamais pu être bouchés car tous les matériaux qu'on y mettait tombaient d'eux-mêmes". Dans sa "Légende du clocher de Mervans", le poète Claude Perraut rapporte que Maître Crétin compagnon charpentier, installé dans la flèche du clocher, jeta vers minuit un plein seau d'eau bénite sur Satan en train de tordre le clocher. Le Malin, couvert d'horribles brûlures, s'enfuit, laissant le charpentier abasourdi devant son clocher irrémédiablement tordu. Sylvie Monin : L'église de Saint-Maurice de Mervans LA LÉGENDE DE SAINT-MAURICE
En 285 de notre ère, à Agaune - aujourd'hui Saint-Maurice dans le Bas-Valais (Suisse) -, Maurice commandait, avec son adjoint Candide, une légion romaine entièrement composée de soldats chrétiens. Cette légion était appelée «thébaine» parce que ses soldats avaient été recrutés à Thèbes, en Égypte. L'empereur Marcus Aurelius Valerius Maximianus (250-310) plus connu sous le nom de Maximien, venait d'être déclaré "Auguste" et de se voir confier la conduite de l'Empire d'occident par Dioclétien. L'Empire romain alors en plein marasme politique, connaît également des luttes d'influence religieuses. Alors que Dioclétien conserve Jupiter comme dieu protecteur, il impose Hercule comme dieu tutélaire à son protégé. De passage dans le Valais, avec des troupes importantes, Maximien veut restaurer dans l'armée le respect dû aux dieux traditionnels de Rome. Apprenant que les chefs et les soldats de la Légion thébaine s'étaient convertis au christianisme, il leur enjoignit de sacrifier à Hercule ainsi qu'aux dieux tutélaires de la Rome païenne. Maurice le centurion, Candide et la plupart de leurs hommes, refusèrent. Alors, les surprenant par ruse, Maximien les fit massacrer jusqu'au dernier. Saint Maurice donnera son nom à la ville près de laquelle il mourut. Il devint le saint national de l'Helvétie lorsque Sigismond roi des Burgondes y eut fondé un monastère, sur le lieu de son martyre, en l'an 517. Son enseigne, croix blanche sur fond rouge, deviendra l'emblème national de l'Hélvétie et demeure aujourd'hui encore celui de la Suisse (confédération helvétique). LE DÉMON DE L'ÉGLISE DE MERVANS
Un voyageur anglais de la fin du XIXe siècle, originaire de Chesterfield, cité britannique qui possède elle aussi un clocher "tors", séjourna plusieurs mois en Bourgogne. Dans ses carnets de route, il narre à sa manière, l'histoire du clocher vrillé de Mervans. « Ce curieux édifice survécut à plusieurs cataclysmes. La première fois ce fut la foudre qui embrasa le clocher, la seconde fois une forte tempête décoiffa l'église, la troisième la guerre passa par là. Les anciens du village racontent que, dans le temps, une bohémienne brûlée vive pour faits de sorcellerie, aurait maudit le curé de Mervans qui l'avait dénoncée, et jeté un sort sur l'église. Ainsi, durant des lustres, un vilain diable pervers s'installa dans le clocher, narguant les villageois par ses niches, ses facéties et ses calembredaines, troublant les messes par des pets sonores et des exhibitions inconvenantes. Le vil petit gnome osait même, sans vergogne, déféquer et uriner sur les fidèles à la sortie de la messe, et, la nuit, il empêchait les curés successifs de dormir en leur inspirant des songes lascifs. Le jour où les villageois, désireux de retrouver la paix, en appelèrent à l'évêque pour qu'il délègue des frères exorcistes afin de le chasser, le démon se vengea en tordant le clocher dans sa fuite. » POUR EN SAVOIR PLUS
Jean-Marc Barmès - Jean-Claude Clément - Jean-Claude Pompée
LES CLOCHERS TORS D'EUROPE
Ouvrage collectif, admirablement illustré, d'où sont extraits plusieurs illustrations de cet article et nombre de renseignements sur cette curiosité architecturale.
128 pages - 30 euros, frais d'expédition compris. (1996)
Société d'archéologie 45390 PuiseauxSylvie Monin
L'ÉGLISE DE SAINT-MAURICE DE MERVANS
Monographie publiée par la Mairie de Mervans
Sylvie Monin & Eric Decrette
UN VILLAGE BRESSAN : MERVANS
Vaste et passionnante monographie polycopiée, 50 euros.
Chez l'auteur Sylvie Monin 71310 - MervansNous remercions la Mairie de Puiseaux ; la Société archéologique de Puiseaux ; La mairie de Mervans et Mme Sylvie Monin ; M. Emil Benz et M. John Irving McPherson pour leurs précieux renseignements ainsi que, tout naturellement, notre correspondant et ami Sylvio Curmondo qui, lancé sur la piste de Jeanne d'Arc, a rencontré Yolande d'Aragon et... les "clochers tors"! Témoignage: Magie et Politique
L'ÉPÉE SACRÉE DE LA DYNASTIE KHMER.En mars 1970, un coup d'Etat renversait le prince Norodom Sihanouk, le chef charismatique du Cambodge. Menant une politique ambigüe, jouant tantôt la carte russe, chinoise, française, vietnamienne ou américaine, le prince avait fini par perdre toute crédibilité même dans son propre pays, en guerre depuis des années. Entouré de traîtres en puissance et d'ambitieux aux appétits contradictoires, Sihanouk se trouvait à Paris, d'où il hésitait à regagner son pays en effervescence. Le général Lon Nol, chef de l'armée et du gouvernement (encouragé par les Américains), et son cousin Sisowath Sirik Matak, âme noire du complot, réussirent à renverser le prince Sihanouk par un vote de l'Assemblée nationale. Ce fut dans la plus grande confusion et sous le pression d'émeutiers qui avaient envahi le parlement, que les députés khmers votèrent la déchéance du prince. Déclaré hors la loi, Norodom Sihanouk fut destitué, condamné à mort, tandis que l'ordre était donné à l'armée de l'empêcher coûte que coûte, de débarquer à Pnom Penh où il gardait de nombreux partisans. C'est alors qu'au palais royal, la reine Kossomak eut recours à une cérémonie magique pour savoir si son fils reviendrait ou non. Elle se fit publiquement apporter l'épée sacrée des rois khmers. Or, quelle ne fut pas la surprise de la reine, et de toute l'assistance, de découvrir que cette lame d'habitude étincelante, était devenue toute noire. Ce présage néfaste annonçait de terribles malheurs. Ce fut en effet le pire qui arriva dans ce pays pacifique, aux moeurs douces. De terribles malheurs
L'armée commença par ouvrir le feu sur les paysans restés fidèles à Sihanouk et décima les populations d'origine vietnamienne. Humilié, encouragé par Pékin et Hanoï, le prince s'allia avec le diable, à ces Khmers rouges qui commirent l'un des plus grands génocides de l'histoire, massacrant plus du tiers des habitants du pays. Après des années de terreur, le Cambodge passa sous le joug vietnamien, sans jamais retrouver la paix. Sous la pression internationale les Viets ont fini par se retirer, et, après ces terribles malheurs, le Cambodge ruiné, avec une population blessée, décimée, hébétée, ses campagnes truffées de mines, se remet lentement des traumatismes infligés au cours de ces années funestes. (Pen Sovan) LA PYRAMIDE DE FALICON
Dans un roman fantastique anglais de Dennis Wheatley, écrit au début des années 40 : The Devil rides out (Le diable part en randonnée), qui met en scène une secte secrète de satanistes, l'épisode terminal horrible se déroulait en l'arrière-pays niçois. Les adorateurs du Diable, célèbraient leur rituel magique suprême qui culminait par le sacrifice d'une vierge, vouée à Satan dès sa naisance, dans la "ténébreuse grotte des chauve-souris" (cave of the bats). Cette grotte des chauve-souris n'a-t-elle existé que dans l'imagination du romancier ? Il se trouve que vers la banlieue nord de Nice, existe bel et bien (à la seule différence que le singulier se trouve employé), une "grotta della rapignata" (grotte de la chauve-souris, en dialecte niçois). Et la dite grotte ne manquera pas d'être davantage encore entourée d'une aura de mystère, si nous constatons qu'elle sert elle-même de soubassement à une petite structure monumentale énigmatique (étudiée par deux grands amis : Robert Charroux, disparu hélas à la fin des années 60, et Guy Tarade toujours bien vivant, Dieu merci). Quelle chose, donc ? Le petit monument (ne vous attendez surtout pas à quelque chose d'imposant) appelé Pyaramide de Falicon, d'après sa silhouette. Cette bizarre structure, érigée à une époque incertaine (mais qui pourrait sans doute se situer vers la fin de la protohistoire) aura posé bien des interrogations que ne démentiraient ni Charroux, ni Tarade, malgré leurs si remarquables efforts pour les résoudre. Une tradition locale
Mais il y a mieux, suivant une tradition locale, le célèbre mage britannique Aleister Crowley, lors d'un séjour sur le Côte d'Azur, aurait présidé tout un rituel de haute magie cérémonielle, se déroulant en deux parties : l'une dans un temple secret souterrain de l'OTO (Ordo Templis Orientis ou Ordre du Temple d'Orient), société secrète dont Crowley fut grand maître, l'autre en la Grotte de Falicon, celle de la Chauve-souris. Un étrange édifice
A mon avis, ce temple souterrain caché de l'OTO n'est nullement un mythe. Je me souviens qu'une amie bien chère (et plutôt bien informée de par ses fonctions de commissaire de la DST à Nice), m'avait montré dans le secteur un fort étrange petit édifice trapu, de forme géométrique (il comportait cinq faces) dont l'accès n'était nullement évident : pour l'atteindre, il fallait se frayer un chemin à travers une véritable petite jungle herbue qui s'épanouissait sur les vastes terrains vagues entourant la pyramide de Falicon. Marie-Rose B. m'avait déclaré que le dit monument n'était sûrement pas "la tombe d'un jeune jésuite tué accidentellement dans les parages», pieuse version répandue chez les habitants du secteur. Un temple souterrain
Rien de chrétien dans sa sobre ornementation. Et, d'après mon amie, la porte métallique comportant un jour supérieur, ayant forme d'une étoile à six branches (le sceau de Salomon, l'hexagramme) était celle de «l'escalier descendant jusqu'au temple souterrain secret». Celui-là même où aurait officié le célèbre Crowley. Il serait intéressant d'aller faire l'état des lieux dans ce secteur de la banlieue nord de Nice ? (Serge Hutin) La Légende de Mélusine
LA FORÉT DE MAULNEAu 11e siècle, chassée de Bretagne, la fée Mélusine se retrouva l'épouse d'un gentil et noble seigneur, habitant l'antique castel de Maulne, au coeur de la forêt du même nom, près d'Arthonnay dans l'Yonne. Cette forêt avait alors fort mauvaise réputation. On la disait maléfique, que c'était un repère de fées et de sorcières, peuplé d'esprits malfaisants et de brigands. Rien que son nom, issu du latin malus nidus (mauvais nid), faisait frissonner de peur dans les chaumières. On disait la châtelaine très belle et son seigneur très amoureux d'elle. Mais Mélusine, sous ses abords avenants, était un dragon femelle d'une essence diabolique. C'est elle qui commandait au château, menait les domestiques, dirigeait les gens d'armes. Son mari souffrait de sa froideur et de son peu d'empressement à remplir son devoir conjugal. Il avait remarqué aussi, que chaque dimanche, la belle disparaissait avant la messe, se rendait invisible à tous, sans donner d'explication à quiconque, même à lui. Chaque fois qu'il essayait de lui demander raison de sa curieuse absence dominicale, elle se mettait à pleurer, désarmant ainsi sa légitime curiosité. Robert, un jeune prieur bénédictin
Un jour, Robert, un jeune prieur bénédictin de passage, entendit à la veillée, les plaintes des villageois, écouta leurs récits où il n'était question que d'exactions, de bêtes égorgées, de loups-garous et d'autres diableries. Il décida de rester sur place, et de fonder un ermitage dans les bois de Molesme, pour éloigner le démon et rassurer les habitants d'alentour. D'autres ermites le prièrent de se joindre à eux pour fonder une abbaye (1075). Il accepta et le monastère fut élevé et prospéra grâce aux libéralités de quelques seigneurs des environs. Seule la dame de Maulne n'apprécia pas ce saint voisinage. Malgré les remontrances de son époux, elle harcela ses sujets et refusa toute aide aux moines. On dit qu'elle se livra, dans la tour magne du château, à des manigances secrètes. L'on murmura bientôt que la fière Mélusine y concoctait philtres et sortilèges. Mais on dit tant de choses. Les religieux enrichis perdirent leur ferveur
Peu à peu, malgré la pieuse présence de Robert et de ses moines, l'esprit maléfique de la forêt reprit le dessus. Enrichis, les religieux perdirent leur ferveur, délaissèrent leur règle très stricte et succombèrent aux multiples tentations que leur envoyait Mélusine. Les nuits de pleine lune on les vit forniquer avec de belles sorcières. Parfois ils s'enivrèrent du vin qui coulait subitement à la fontaine sacrée du monastère à la place de son eau pure. Ou bien ils se mêlaient sans pudeur au sabbat d'enfer que de jolies succubes menaient dans les clairières les plus retirées de la forêt. De nouveaux démons nacquirent de ces étreintes, des lamies, des lémures et des esprits malfaisants se multiplièrent et repeuplèrent la forêt que Robert avait sanctifiée et purgée. Pour conjurer le sort
Pour conjurer le mauvais sort et ces pratiques sataniques, Robert souhaita bâtir une église consacrée à la vierge, mais les matériaux manquaient. Les bois voisins appartenaient au cruel seigneur Rainard Hughes, évêque de Langres et comte d'Auxerre, qui menait une vie dissolue et avait fort mauvaise réputation. Sollicité de parrainer cette oeuvre pie, Rainard refusa de donner à Robert le bois nécessaire à la construction de son édifice. Mais le moine décida de le convaincre de l'aider. Un jour que le comte devait chasser en forêt, il se rendit à un vaste chantier d'abattage, au lieu-dit de Panfol, où des bûcherons s'activaient. Robert leur demanda l'hospitalité et, en échange, les pria de lui prêter une cognée afin de les seconder dans leur rude travail. La meute du seigneur surgit, poursuivant un magnifique douze cors, suivie du comte-évêque et de son équipage, qui passa fièrement devant les bûcherons émerveillés. Le comte reconnut parmi eux le saint moine. Furieux de le trouver sur ses terres, il stoppa le cortège et vint l'accuser de dévaster ses bois et de venir troubler la chasse. Devant l'assemblée des chasseurs et des bûcherons, Robert ne perdit pas son calme. Il reprocha au comte-évêque, abasourdi de tant d'outrecuidance, sa dureté envers ses sujets, ses innombrables crimes et ses dérèglements. Le saint moine osa même le menacer de la vengeance du ciel s'il ne se confessait pas de tous ses péchés. Furieux de cette diatribe, l'évêque Rainard fit rappeler sa meute et ses piqueurs, bien décidé à épargner le cerf et d'offrir cet insolent à leur curée. L'animal vint s'agenouiller aux pieds de Robert
Mais lorsque le noble animal forcé, surgit pour la seconde fois dans la clairière, poursuivi par les chiens, il arrêta sa course et vint s'agenouiller aux pieds de Robert. La meute canine l'imita dans le plus profond silence. Stupéfait par cette scène miraculeuse, Rainard descendit de cheval, se prosterna à son tour devant le saint, et lui demanda humblement comment il pouvait racheter ses fautes. Robert bénit l'évêque et lui dit:
- Messire! Dieu ne veut pas la mort du pécheur. Il vous prie simplement de nous aider de vos deniers à bâtir une église consacrée à Marie, mère de Jésus. Et, pour votre pénitence, vous viendrez chaque année faire retraite durant trois jours dans notre monastère.L'évêque promit de fournir aux moines toutes les pierres et les arbres nécessaires à la construction de l'Eglise. Il leur offrit aussi de leur donner tout le terrain situé devant leur supérieur, aussi loin qu'il pourrait lui-même lancer sa cognée... Le saint moine soutenu par le Seigneur Dieu, la projeta à plus d'une lieue de là, jusqu'aux confins des terres de la châtelaine de Maulne. Mélusine décida de faire un exemple
Enragée par la construction de l'église qu'elle réprouvait, furieuse de l'accroissement du domaine monacal, où ses serfs et ses vassaux allaient se réfugier avec leurs troupeaux et leurs biens, lorsque la châtelaine leur réclamait des fermages abusifs, Mélusine décida de faire un exemple dans la contrée. Elle réunit ses hommes d'armes, et chevauchant à leur tête, elle exécuta une opération punitive contre ses sujets. Elle razzia quelques hameaux, brûla des fermes et battit à mort ceux des manants qui tentaient de résister. Comme le village d'Arthonnay se révolta contre ses exactions, elle en fit le siège, y mit le feu, et passa tous les habitants récalcitrants au fil de l'épée. Rentrée au château, ses courtisans terrifiés la félicitèrent de sa vaillance et de son courage, hormis Suzanne, une de ses jeunes demoiselles de compagnie, qui lui reprocha sa férocité. Mélusine se mit en colère
Outrée que ce fût sa favorite qui la morigénât ainsi, Mélusine se mit fort en colère, battit sa jolie suivante et la jeta dans le puits du château. Elle regretta aussitôt ce mouvement d'humeur. Comme elle aimait beaucoup Suzanne, elle voulut la sauver et ordonna qu'on la tirât de là. Mais on ne lui remonta qu'un cadavre. Inconsolable, elle s'enferma trois jours durant dans son appartement de la tour magne, sans accepter de nourriture, ni ouvrir la porte à quiconque. Dimanche arriva sans que Mélusine ne réapparaisse ou donnât signe de vie. Fort inquiet, son époux décida d'aller rejoindre sa femme par une voie détournée. Il se fit hisser jusqu'au sommet de la tour et, pénétra secrètement par les greniers, dans le refuge de son épouse. Mélusine, toujours aussi belle
Par une lucarne donnant sur sa chambre, il vit Mélusine, toujours aussi belle, malgré sa douleur, se mirant dans une glace, la poitrine nue jusqu'à la taille. Mais il s'aperçut avec horreur que son corps s'achevait en forme de serpent. Trahie, son terrible secret découvert, elle alla à son tour se jeter dans le puits. Depuis, âme damnée et inconsolable, Mélusine erre autour de son ancien manoir, apparaissant parfois au voyageur attardé sous l'aspect qu'elle avait au moment de sa mort, gémissant et criant: "Maulne! Maulne! Tant que Maulne sera, malheureuse serai!" Elle se transforme chaque nuit en goule
Haïssant les habitants du pays, elle se transforme chaque nuit en goule ou en stryge, s'attaque aux isolés, les roue de coups ou les frappe d'un sommeil irrésistible, qui les contraint à passer la nuit dans un fossé. Elle enlève les enfants et les emporte dans un repaire où elle les livre aux lubricités des démons ou des sorcières. On dit aussi, que jusqu'à cent lieues à la ronde, elle poursuit de sa haine, les maris trop curieux, qui osent espionner leurs femmes! A l'emplacement où Mélusine fit dresser sa tente lorsqu'elle assiégea Arthonnay, on voit encore un tumulus recouvert de terre d'où émerge un monceau de pierres. Ce sont les cailloux que les passants jettent depuis des siècles, pour conjurer le mauvais sort, après s'être signés et avoir formulé les paroles rituelles: "Tiens, voilà pour toi, Mélusine! Que périsse en toi le démon!" N'ayant pu restaurer l'ordre parmi les moines, saint Robert s'établit à Cîteaux en 1098 avec deux de ses fidèles, Etienne Harding et Albéric. Il en codifia la règle, y bâtit une église, puis à la demande du pape Urbain II, il retourna à Molesme pour tenter d'y rétablir l'autorité ecclésiastique et la règle monacale mise à mal par la dépravation des moines et la corruption des supérieurs qu'ils s'étaient donnés. Mélusine se fixa au château de Lusignan en Poitou
Le retour de saint Robert à Molesme fit fuir Mélusine, dit-on. La fée se fixa au château de Lusignan en Poitou, où, réincarnée en une belle châtelaine, elle fut durant des siècles le bon génie et la fée protectrice de la famille Lusignan. Lorsque, à la fin du XIVe siècle, Jean de France, duc de Berry, noble prince capétien, grand seigneur mécène et lettré, bâtisseur et conquérant, eut acquis le château de Lusignan en Poitou, il désira connaître son histoire. Il s'intéressait toujours aux origines des manoirs, palais, châteaux et autres édifices de ses Etats. Il pria Jean d'Arras de lui conter le récit fabuleux de la famille des Lusignan, anciens seigneurs de ce château. La légende bourguignonne
Là, contrairement à la légende bourguignonne, Mélusine se révéla bonne fée, bâtisseuse et nourricière, divinité agraire et féministe. On rapporte que là aussi, Mélusine fut surprise au bain par son mari, au cours de son annuelle métamorphose de femme en serpent. Raymondin, ayant enfreint le tabou, se vit ainsi privé de sa jolie compagne qu'il aimait à la folie. Mais prétendit qu'elle revenait chaque nuit allaiter ses enfants. La saga des Lusignan
Les Très Riches Heures du Duc de Berry illustrent parfois un épisode de cette étonnante saga, marquée par l'épopée des Lusignan, héros des Croisades, ducs, princes et rois, qui conquirent Jérusalem, après avoir racheté l'Ile de Chypre aux Templiers. Peut-être un de nos amis internautes, amateur d'histoire et de légendes, nous contera-t-il la suite des merveilleuses aventures de la Fée Mélusine? LE SANCTUM MARTYRIUM
"Denis disciple de saint Paul est chargé par Clément, troisième successeur de Pierre d'évangéliser la Gaule. Avec ses compagnons Eleuthère et Rustique il prêche et répand le nom du Christ dans Lutèce. Le préfet romain Sisinius Fesceninus à qui ce prosélytisme déplaît ordonne qu'on les arrête. Ce qui est fait dans une carrière située sous l'actuel Faubourg St-Jacques. Ils sont incarcérés à la prison du Glaucus de l'actuelle Ile de la Cité. Torturés et mis sur le gril, à la pointe amont de l'Ile, on les condamne à la décollation devant le temple de Mercure tout en haut de Montmartre. Mais les soldats qui conduisent Denis et ses compagnons à leur supplice, n'ont pas le courage de gravir la montagne jusqu'à son lointain sommet. La décollation faite, Denis se relève, ramasse sa tête, et...
Ils les décapitent à mi-pente, près de l'actuelle place des Abbesses, là où se trouve aujourd'hui le 9 de la rue Antoinette (Qui s'appela curieusement jadis rue Marie-Antoinette - autre décapitée célèbre - et devenue aujourd'hui rue Yvonne Le Tac). La décollation faite, Denis se relève, ramasse sa tête, reprend l'escalade de la butte, lave son chef souillé à une source (la Fontaine Saint Denis, impasse Girardon), dévale le versant nord, parcourt ainsi plus de six kilomètres, pour finalement, tomber et expirer aux pieds d'une pieuse veuve, Catulla, qui l'inhume. La légende veut que le blé poussât immédiatement sur sa tombe pour la dissimuler aux profanateurs. Ce fut là que sainte Geneviève lui élèvera plus tard un oratoire, berceau de la future basilique de Saint-Denis. Une crypte souterraine
Une crypte fut également aménagée à l'emplacement du supplice, au-dessus de laquelle fut bâtie une chapelle d'abord, puis quelques siècles plus tard, la fameuse Abbaye de Montmartre. Compagnie de Jésus
Ce fut au "Martyrium" qu'Ignace de Loyola et François Xavier fondèrent la Compagnie de Jésus le 15 août 1534. Paris vaut bien une messe
En 1590, le Vert-Galant, roi de Navarre et futur Henri IV qui assiégeait Paris, logea à l'Abbaye et séduisit Claude de Beauvilliers, la belle mère abbesse âgée de 17 ans. On dit que ce fut dans ses bras qu'il décida d'abjurer la religion réformée et proclama: "Paris vaut bien une messe". (Corpus Hermeticum)

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